La spécificité des sciences sociales
Qu'est-ce qu'une science sociale ?
Une science sociale est une discipline qui étudie les comportements humains, les interactions sociales, les structures des sociétés et les cultures. Son objet d'étude est donc l'homme en société, sous toutes ses formes.
Pour être considérée comme une science, une discipline doit adopter une méthode scientifique. Cela signifie qu'elle doit :
- Observer les phénomènes.
- Formuler des hypothèses pour les expliquer.
- Vérifier ces hypothèses par des preuves (données, observations, expérimentations).
- Établir des théories générales, réfutables et reproductibles (dans la mesure du possible).
La distinction sciences de la nature/sciences sociales est fondamentale.
- Les sciences de la nature (physique, chimie, biologie) étudient des phénomènes où les objets d'étude (atomes, molécules, cellules) ne sont pas conscients et ne donnent pas de sens à leurs actions. Elles recherchent des lois universelles et prédictives.
- Les sciences sociales, au contraire, étudient des êtres humains qui sont dotés de conscience, de volonté, de motivations et qui attribuent des significations à leurs actions. Cela rend la tâche plus complexe :
- Les phénomènes sociaux sont souvent uniques et difficilement reproductibles.
- Les "lois" sociales sont moins universelles et plus contextuelles que les lois physiques.
- Le chercheur fait partie du monde qu'il étudie, ce qui pose des questions d'objectivité.
Pluralité des approches et des disciplines
Les sciences sociales ne sont pas un bloc monolithique. Elles regroupent plusieurs disciplines, chacune avec sa propre focale, ses concepts et ses méthodes. Les trois principales que nous étudierons sont l'économie, la sociologie et la science politique.
- L'Économie : Étudie la production, la distribution et la consommation des richesses dans la société. Elle s'intéresse aux choix que font les individus et les organisations face à la rareté des ressources.
- Exemple : Pourquoi le prix du pain augmente-t-il ? Comment les entreprises décident-elles d'investir ?
- La Sociologie : Analyse les interactions sociales, les structures de la société (famille, groupes sociaux, classes), les normes, les valeurs et les institutions. Elle cherche à comprendre comment les individus sont influencés par la société et comment ils agissent sur elle.
- Exemple : Comment la famille transmet-elle des valeurs ? Pourquoi certaines catégories sociales votent-elles plus que d'autres ?
- La Science politique : Se concentre sur l'étude du pouvoir, des institutions politiques, des acteurs politiques (partis, groupes d'intérêt), des politiques publiques et des comportements électoraux.
- Exemple : Comment se forme une décision politique ? Quels sont les facteurs de l'abstention électorale ?
Ces disciplines ne sont pas isolées; elles sont souvent en interdisciplinarité. Cela signifie qu'elles collaborent et s'enrichissent mutuellement pour avoir une compréhension plus complète d'un phénomène social complexe. Par exemple, l'étude de la pauvreté peut mobiliser l'économiste (causes économiques), le sociologue (impact sur les liens sociaux) et le politiste (politiques publiques de lutte contre la pauvreté).
Le rôle du chercheur en sciences sociales
Le chercheur en sciences sociales n'est pas un observateur neutre au sens strict du terme, car il est lui-même un être social. Son rôle est donc particulièrement délicat et exigeant.
La quête d'objectivité est centrale. Il s'agit de s'efforcer de ne pas laisser ses propres opinions, valeurs ou expériences personnelles influencer l'analyse des faits. C'est un idéal vers lequel tendre. La neutralité axiologique (concept développé par Max Weber) est la règle d'or. Elle signifie que le chercheur doit suspendre ses jugements de valeur lors de la phase d'analyse. Il ne s'agit pas de dire ce qui est "bien" ou "mal", mais de comprendre "comment ça marche". Le chercheur peut avoir des valeurs en tant que citoyen, mais il doit les mettre de côté en tant que scientifique. Il doit expliquer le monde tel qu'il est, et non tel qu'il aimerait qu'il soit.
Cependant, l'implication du chercheur est parfois inévitable et même nécessaire.
- Implication par le choix du sujet : Le choix d'étudier un sujet plutôt qu'un autre est souvent motivé par des intérêts personnels ou sociaux.
- Implication dans le terrain : Lors d'entretiens ou d'observations, le chercheur interagit avec les personnes étudiées, ce qui peut influencer leurs réponses ou comportements.
- Réflexivité : Le chercheur doit être conscient de sa propre position sociale, de ses préjugés éventuels et de l'impact de sa présence sur son objet d'étude. Il doit constamment s'interroger sur sa propre subjectivité pour mieux la contrôler.


