I. Les mers et océans : des espaces convoités et stratégiques
A. Une ressource vitale et économique majeure
Les océans sont de véritables réservoirs de ressources, indispensables au développement et à la survie de l'humanité.
- Ressources halieutiques : La pêche est une activité millénaire et fondamentale. Les poissons, crustacés et coquillages constituent une source essentielle de protéines pour des milliards d'individus, notamment dans les pays en développement. Les zones de pêche intensive se situent principalement sur les plateaux continentaux, riches en plancton. Cependant, la surpêche menace gravement la biodiversité marine et l'équilibre des éécosystèmes.
- Hydrocarbures offshore : Les fonds marins recèlent d'importantes réserves de pétrole et de gaz naturel. L'exploitation offshore (en mer) est devenue cruciale pour l'approvisionnement énergétique mondial. Des gisements majeurs se trouvent dans le golfe du Mexique, la mer du Nord, le Golfe Persique, ou au large du Brésil et de l'Afrique de l'Ouest. Cette exploitation est techniquement complexe, coûteuse et présente des risques environnementaux (marées noires).
- Minerais marins : Au-delà des hydrocarbures, les fonds océaniques contiennent des nodules polymétalliques (riches en manganèse, nickel, cuivre, cobalt), des sulfures hydrothermaux (cuivre, zinc, or, argent) et des croûtes cobaltifères. Ces minerais sont très recherchés pour les industries de haute technologie (électronique, batteries). Leur exploitation est encore à un stade exploratoire, mais elle soulève d'importantes questions environnementales sur les écosystèmes des grands fonds.
- Énergies marines renouvelables (EMR) : Les océans offrent un potentiel immense pour la production d'énergie propre. On distingue plusieurs types d'EMR :
- L'éolien offshore (fixe ou flottant), qui exploite la force du vent en mer.
- L'énergie marémotrice, qui utilise la force des marées (ex: usine de la Rance en France).
- L'énergie houlomotrice, qui convertit l'énergie des vagues.
- L'énergie thermique des mers (ETM), qui tire parti de la différence de température entre les eaux de surface et de profondeur. Ces énergies sont en plein développement et représentent une alternative aux énergies fossiles.
B. Des routes commerciales essentielles
Les mers et océans sont les principales voies d'échanges de marchandises à l'échelle mondiale, le commerce maritime étant le pilier de la mondialisation.
- Flux maritimes mondiaux : Environ 90 % du commerce mondial en volume transite par voie maritime. Les principaux flux relient les trois pôles de la Triade (Amérique du Nord, Europe, Asie de l'Est), ainsi que les pôles émergents. Ces flux transportent des matières premières (pétrole, minerais, céréales), des produits manufacturés et des biens de consommation.
- Conteneurisation : L'invention du conteneur dans les années 1950 a révolutionné le transport maritime. Il a permis d'optimiser le chargement, le déchargement et le transfert des marchandises, réduisant considérablement les coûts et les délais. Les porte-conteneurs sont devenus les symboles de cette logistique mondiale, avec des navires géants pouvant transporter plus de 24 000 EVP (Équivalents Vingt Pieds).
- Canaux et détroits stratégiques : Certains passages maritimes sont des points de passage obligés (des "goulets d'étranglement" ou chokepoints) pour le commerce mondial. Leur contrôle ou leur blocage peut avoir des conséquences économiques et géopolitiques majeures. Parmi les plus importants :
- Le canal de Suez (relie la Méditerranée à la mer Rouge, évitant le contournement de l'Afrique).
- Le canal de Panama (relie l'Atlantique au Pacifique, évitant le contournement de l'Amérique du Sud).
- Le détroit de Malacca (entre l'Indonésie et la Malaisie, passage clé pour le commerce entre l'Asie et l'Europe/Moyen-Orient).
- Le détroit d'Ormuz (à l'entrée du Golfe Persique, essentiel pour le transport de pétrole).
- Le détroit de Bab el Mandeb (entre la mer Rouge et le golfe d'Aden). Ces passages sont des lieux de forte concentration de navires et sont donc sujets à des risques (piraterie, accidents, tensions politiques).
- Façades maritimes : Ce sont des littoraux où se concentrent des ports majeurs et des activités industrialo-portuaires intenses, servant de portes d'entrée et de sortie des marchandises pour de vastes arrière-pays (hinterlands). Les principales façades maritimes sont :
- La Northern Range en Europe (de Hambourg au Havre).
- Les façades asiatiques (Chine, Japon, Corée du Sud).
- Les façades nord-américaines (côte Est et côte Ouest). Ces façades sont des lieux d'intégration à la mondialisation et des pôles de développement économique.
C. Des enjeux géopolitiques et de souveraineté
La maîtrise des mers est synonyme de puissance, et les espaces maritimes sont l'objet de revendications et parfois de conflits.
- Zones économiques exclusives (ZEE) : Instaurée par le droit de la mer, la ZEE est un espace maritime qui s'étend jusqu'à 200 milles nautiques (environ 370 km) des côtes d'un État. Dans cette zone, l'État côtier dispose de droits souverains pour l'exploration et l'exploitation des ressources naturelles (poissons, hydrocarbures, vents, etc.), ainsi que pour la recherche scientifique marine. La France possède la deuxième plus grande ZEE du monde (environ 11 millions de km²), grâce à ses territoires d'outre-mer.
- Droit de la mer (CNUDM) : La Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, signée à Montego Bay en 1982 (et entrée en vigueur en 1994), est le cadre juridique international qui régit l'utilisation des océans. Elle définit les différentes zones maritimes (eaux intérieures, mer territoriale, zone contiguë, ZEE, plateau continental, haute mer) et les droits et devoirs des États. C'est un instrument fondamental pour la gestion pacifique des océans, bien que certains États ne l'aient pas ratifiée (ex: États-Unis).
- Conflits territoriaux maritimes : Malgré le droit de la mer, de nombreuses zones maritimes sont l'objet de litiges entre États. Ces conflits peuvent porter sur la délimitation des ZEE, la possession d'îles ou d'archipels, ou l'accès à des ressources. Les exemples les plus notables sont :
- La mer de Chine méridionale, où plusieurs États (Chine, Vietnam, Philippines, Malaisie, Brunei, Taïwan) revendiquent tout ou partie des îles Paracels et Spratleys pour leurs ressources et leur position stratégique.
- L'Arctique, où les pays riverains (Russie, Canada, États-Unis, Danemark via le Groenland, Norvège) revendiquent des extensions de leur plateau continental en vue de l'exploitation de ses richesses (hydrocarbures, minerais) et du contrôle des futures routes maritimes.
- Des litiges sur des îles comme les îles Malouines/Falkland (Royaume-Uni/Argentine).
- Puissances maritimes : La puissance maritime ne se limite pas à la force navale, mais inclut aussi la capacité à contrôler les flux maritimes, à exploiter les ressources marines, à développer une industrie navale forte et à affirmer sa présence sur les océans. Les États-Unis, la Chine, le Japon, le Royaume-Uni, la France sont des puissances maritimes majeures. La Chine, en particulier, développe une marine de guerre de plus en plus importante et une politique d'affirmation en mer de Chine.


