Les fondations de la Révolution (1789-1792)
La crise de l'Ancien Régime et les cahiers de doléances
À la fin du XVIIIe siècle, la France est une monarchie absolue dirigée par le roi Louis XVI. La société est organisée selon un système hérité du Moyen Âge, appelé la société d'ordres.
- Le Clergé (1er ordre) : Composé des hommes d'Église, il possède de vastes terres et ne paie pas d'impôts. Il est chargé de l'éducation et de l'assistance.
- La Noblesse (2e ordre) : Environ 1,5% de la population, elle possède des privilèges importants : exemption d'impôts (taille), droit de chasse, accès aux hautes fonctions militaires et administratives. Elle vit souvent des droits seigneuriaux perçus sur les paysans.
- Le Tiers État (3e ordre) : Il représente environ 97% de la population et regroupe tous ceux qui ne sont ni clercs, ni nobles : paysans (80% de la population), artisans, commerçants, bourgeois, avocats, médecins, etc. Il supporte l'essentiel des impôts (taille, gabelle, dîme, droits seigneuriaux).
Cette structure est source de profondes inégalités et de frustrations.
La France traverse également une grave crise financière. Les dépenses de la cour, les guerres coûteuses (notamment la guerre d'indépendance américaine) et un système fiscal inefficace ont creusé un énorme déficit. Le royaume est au bord de la banqueroute.
À cela s'ajoute une crise économique et sociale. De mauvaises récoltes dans les années 1780 entraînent une flambée des prix du pain, aliment de base de la population. Le chômage augmente dans les villes. La faim et la misère sont omniprésentes.
Dans ce contexte, la philosophie des Lumières a diffusé de nouvelles idées de liberté, d'égalité et de souveraineté du peuple (Montesquieu, Rousseau, Voltaire). Ces idées remettent en question l'absolutisme royal et les privilèges.
Face à l'impasse financière, Louis XVI se résout à convoquer les États généraux (une assemblée des représentants des trois ordres) en mai 1789, une première depuis 1614 ! Pour préparer cette assemblée, des cahiers de doléances sont rédigés dans tout le pays. Ce sont des registres où les Français (essentiellement les hommes chefs de famille) expriment leurs plaintes, leurs vœux et leurs propositions. Ils révèlent un désir général de réformes, de justice fiscale et de plus de liberté. Leur analyse montre une convergence des critiques contre l'absolutisme et les privilèges, particulièrement ceux de la noblesse.
L'année 1789 : rupture et naissance d'une nation
L'ouverture des États généraux le 5 mai 1789 à Versailles est marquée par une querelle de procédure : le Tiers État demande le vote par tête (un homme, une voix) et non par ordre (une voix par ordre), ce qui lui assurerait la majorité. Le roi refuse.
Le 20 juin 1789, les députés du Tiers État, rejoints par quelques nobles et clercs éclairés, se réunissent dans la salle du Jeu de Paume et prêtent le Serment du Jeu de Paume. Ils jurent de ne pas se séparer avant d'avoir donné une Constitution à la France. C'est un acte fondateur de la souveraineté nationale.
Le 9 juillet, l'Assemblée se proclame Assemblée nationale constituante, affirmant que le pouvoir vient de la nation et non du roi.
Pendant ce temps, la tension monte à Paris. La population craint une intervention militaire du roi. Le 14 juillet 1789, le peuple de Paris prend d'assaut la Bastille, une prison royale symbole de l'absolutisme. Cet événement, bien que n'ayant pas de portée militaire majeure, a une forte valeur symbolique : il marque l'entrée du peuple dans la Révolution.
Dans les campagnes, de fin juillet à début août, une vague de panique collective appelée la Grande Peur se propage. Des rumeurs de brigands et de complots aristocratiques poussent les paysans à s'armer, attaquer les châteaux et brûler les registres seigneuriaux contenant les droits féodaux.
Face à cette anarchie, l'Assemblée constituante réagit dans la nuit du 4 août 1789 en votant l'abolition des privilèges et des droits féodaux. C'est la fin de la société d'ordres.
Le 26 août 1789 est adoptée la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen (DDHC). Ce texte fondamental proclame les principes de la nouvelle société :
- L'égalité de tous devant la loi.
- La liberté (d'expression, de pensée, de religion, d'aller et venir).
- La propriété comme droit inviolable et sacré.
- La souveraineté de la Nation (le pouvoir appartient au peuple).
- La séparation des pouvoirs. La DDHC est une source d'inspiration majeure pour les démocraties modernes.
La monarchie constitutionnelle et ses limites
Entre 1789 et 1791, l'Assemblée constituante élabore une nouvelle organisation du pays. Le 3 septembre 1791, la Constitution de 1791 est adoptée, instaurant une monarchie constitutionnelle.
- Le roi n'est plus monarque absolu, il partage le pouvoir avec une Assemblée législative élue.
- La souveraineté nationale est affirmée : le pouvoir appartient à la nation, qui l'exerce par ses représentants.
- Le pouvoir législatif est confié à une Assemblée élue pour deux ans au suffrage censitaire (seuls les citoyens payant un certain niveau d'impôts, le cens, peuvent voter).
- Le pouvoir exécutif est entre les mains du roi, qui dispose d'un droit de veto royal suspensif sur les lois votées par l'Assemblée.
Mais cette monarchie constitutionnelle est fragile. Le roi Louis XVI a du mal à accepter la perte de son pouvoir. Le 20-21 juin 1791, la fuite à Varennes du roi et de sa famille, qui tentent de rejoindre les armées étrangères, est perçue comme une trahison par une grande partie du peuple. Bien que ramené de force à Paris, cet épisode discrédite fortement la monarchie et renforce les courants républicains.
Les tensions politiques s'intensifient. L'Assemblée législative, élue en octobre 1791, est divisée. Les puissances européennes, inquiètes de la propagation des idées révolutionnaires, menacent la France. Le 20 avril 1792, la France déclare la guerre à l'Autriche, marquant le début d'un long conflit.


