Les motivations et les acteurs des Grandes Découvertes
Le contexte européen et les facteurs des explorations
À la fin du Moyen Âge, l'Europe connaît une période de profonds changements. Plusieurs facteurs vont pousser les Européens à s'aventurer au-delà des mers connues, marquant le début de l'ère des Grandes Découvertes.
Premièrement, la soif de richesses est une motivation majeure. L'Europe est avide de produits rares et précieux venant d'Orient, notamment les épices (poivre, cannelle, girofle) utilisées pour conserver les aliments, les parfumer, et pour leurs vertus médicinales. L'accès à ces épices est monopolisé par les marchands italiens (Venise, Gênes) qui les achètent aux Arabes. Trouver une route maritime directe vers l'Asie permettrait de contourner ces intermédiaires et de réaliser d'énormes profits. L'or est également une ressource très recherchée pour frapper monnaie et accumuler des richesses.
Deuxièmement, les progrès techniques rendent ces voyages lointains possibles.
- La caravelle : un nouveau type de navire, plus léger, plus rapide et plus maniable que les anciens, capable de naviguer contre le vent grâce à ses voiles latines et de traverser l'océan.
- L'astrolabe et le quadrant : des instruments qui permettent de mesurer la hauteur des astres (soleil, étoiles) et ainsi de calculer la latitude du navire.
- La boussole : déjà connue, elle est perfectionnée et permet de s'orienter en mer.
- Les cartes marines (portulans) : de plus en plus précises pour les côtes européennes et méditerranéennes, même si l'océan Atlantique reste largement inconnu.
- L'amélioration de l'artillerie embarquée, qui donnera un avantage militaire aux Européens.
Troisièmement, la volonté d'évangélisation joue un rôle non négligeable. Les puissances chrétiennes, notamment l'Espagne et le Portugal, souhaitent diffuser le christianisme et convertir de nouvelles populations. C'est une mission religieuse justifiée par la foi, qui accompagne souvent les ambitions économiques et politiques.
Enfin, des motivations plus secondaires incluent la curiosité intellectuelle issue de la Renaissance, le désir de gloire et de reconnaissance pour les explorateurs, et la recherche de nouvelles terres pour étendre les territoires des royaumes européens.
Les pionniers de l'exploration atlantique
Deux nations européennes se distinguent particulièrement dans les Grandes Découvertes : le Portugal et l'Espagne.
Le Portugal est le premier à s'engager dans l'exploration maritime, sous l'impulsion du prince Henri le Navigateur (XVe siècle). Bien qu'il n'ait jamais navigué lui-même, il finance et organise de nombreuses expéditions le long des côtes africaines. L'objectif est de trouver une route maritime vers l'Asie en contournant l'Afrique.
- 1488 : Bartolomeu Dias double le Cap de Bonne-Espérance, ouvrant la voie vers l'océan Indien.
- 1498 : Vasco de Gama atteint les Indes (Calicut) par cette route, établissant la première liaison maritime directe entre l'Europe et l'Asie.
L'Espagne, quant à elle, entre plus tardivement dans la course, mais avec une ambition démesurée. Après la Reconquista (fin en 1492 avec la prise de Grenade), les Rois Catholiques, Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon, sont prêts à financer de grands projets. C'est dans ce contexte qu'ils acceptent la proposition de Christophe Colomb, un navigateur génois. Colomb est convaincu qu'il peut atteindre l'Asie en naviguant vers l'ouest, à travers l'océan Atlantique, pensant que la Terre est plus petite qu'elle ne l'est réellement.
- 1492 : Colomb atteint les Caraïbes (qu'il prend pour les Indes), marquant la découverte de l'Amérique pour les Européens. Il effectuera quatre voyages transatlantiques.
D'autres explorateurs suivront, comme Fernand de Magellan, qui entreprendra le premier tour du monde (1519-1522), prouvant la sphéricité de la Terre et l'immensité de l'océan Pacifique.
Les premières routes maritimes et leurs enjeux
Les Grandes Découvertes ont rapidement mené à l'établissement de nouvelles routes maritimes, redessinant la carte du monde et les équilibres géopolitiques.
La route des Indes par l'Afrique est celle empruntée par les Portugais. Elle contourne l'Afrique par le Cap de Bonne-Espérance et ouvre l'accès direct aux richesses de l'Asie (épices, soies, porcelaines). Les Portugais établissent des comptoirs commerciaux tout au long de cette route (Goa, Malacca, Macao), créant un vaste empire commercial maritime.
La découverte de l'Amérique par Christophe Colomb ouvre une toute nouvelle voie vers l'ouest. Initialement, les Espagnols pensent avoir atteint les Indes par une route alternative. Ce n'est que plus tard que l'on comprend qu'il s'agit d'un "Nouveau Monde". Cette découverte va bouleverser la géographie connue et offrir d'immenses territoires à explorer et à exploiter.
Face à ces découvertes et aux rivalités naissantes, l'Espagne et le Portugal, les deux puissances maritimes dominantes de l'époque, décident de se partager le monde. En 1494, sous l'égide du Pape, ils signent le Traité de Tordesillas.
- Ce traité établit une ligne de démarcation imaginaire à 370 lieues à l'ouest des îles du Cap-Vert.
- Les terres situées à l'est de cette ligne reviennent au Portugal (notamment le Brésil, découvert par Cabral en 1500).
- Les terres situées à l'ouest reviennent à l'Espagne (la majeure partie du continent américain). Ce partage, fait sans consulter les autres nations européennes ni les populations locales, reflète la mentalité de l'époque et les ambitions impérialistes des deux royaumes. Il marque le début d'une nouvelle ère de colonisation.


