La haute mer : un espace de convoitise et de régulation
Définition et caractéristiques de la haute mer
La haute mer est définie comme l'ensemble des zones maritimes qui ne sont pas comprises dans la zone économique exclusive (ZEE), les eaux territoriales ou les eaux intérieures d'un État. C'est donc un espace international, qui n'appartient à aucun État.
Caractéristiques clés :
- Liberté des mers : Principe fondamental selon lequel tous les États ont le droit de naviguer, de survoler, de pêcher, de poser des câbles et des pipelines, de construire des îles artificielles et de mener des recherches scientifiques en haute mer.
- Ressources halieutiques : La haute mer abrite d'importantes populations de poissons, souvent en migration, qui représentent une source majeure de protéines et de revenus pour de nombreux pays.
- Biodiversité marine : Elle recèle une biodiversité exceptionnelle, avec des écosystèmes uniques et souvent peu connus (ex: monts sous-marins, cheminées hydrothermales).
Les enjeux économiques et géopolitiques
La haute mer est au cœur de nombreux enjeux, qu'ils soient économiques ou géopolitiques.
Enjeux économiques :
- Pêche industrielle : La pêche en haute mer est souvent pratiquée par de grandes flottes industrielles. Elle est source de profits considérables mais aussi de surpêche et de destruction des écosystèmes marins.
- Exploitation des hydrocarbures : Bien que la majeure partie des gisements sous-marins se trouvent dans les ZEE, l'exploration s'étend vers des zones plus profondes de la haute mer, notamment pour le pétrole et le gaz.
- Routes maritimes : La haute mer est le théâtre des principales voies de communication maritimes mondiales, essentielles au commerce international. La sécurité de ces routes est primordiale.
Enjeux géopolitiques :
- Rivalités de puissance : Les grandes puissances (Chine, États-Unis, Russie) cherchent à affirmer leur présence et leur influence en haute mer, notamment à travers leurs marines militaires.
- Accès aux ressources : La compétition pour l'accès aux ressources halieutiques et énergétiques peut générer des tensions entre États.
La gouvernance de la haute mer : entre droit et défis
La gouvernance de la haute mer est complexe, car elle implique un espace sans souveraineté étatique.
Cadre juridique principal :
- CNUDM (Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer) : Aussi appelée "Convention de Montego Bay" (1982), c'est la "Constitution des océans". Elle établit un cadre juridique pour toutes les activités maritimes, y compris la haute mer.
- Elle définit les différentes zones maritimes (eaux territoriales, ZEE, haute mer).
- Elle réaffirme le principe de la liberté des mers mais y ajoute des devoirs, comme la protection de l'environnement.
- Zones économiques exclusives (ZEE) : S'étendant jusqu'à 200 milles nautiques des côtes, elles confèrent à l'État côtier des droits souverains sur l'exploration et l'exploitation des ressources. Au-delà, c'est la haute mer.
Défis de gouvernance :
- Protection de l'environnement : La haute mer est menacée par la pollution (plastiques, hydrocarbures), la surpêche et le changement climatique. L'absence de juridiction claire rend difficile l'application de mesures de protection.
- Un nouveau traité sur la biodiversité en haute mer (BBNJ, pour "Biodiversity Beyond National Jurisdiction") a été adopté en 2023 pour créer des aires marines protégées.
- Piraterie : Malgré une diminution dans certaines zones, la piraterie reste une menace pour la navigation internationale, nécessitant des opérations de surveillance et de répression coordonnées.
- Pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN) : C'est un fléau qui épuise les stocks de poissons et nuit aux efforts de gestion durable.


