Qu'est-ce que l'art ? Définitions et fonctions
L'art comme imitation (mimesis)
L'une des premières et des plus influentes conceptions de l'art est celle de l'imitation, ou mimesis.
Platon, dans la Grèce antique, est un des premiers à aborder cette idée. Pour lui, le monde sensible dans lequel nous vivons n'est qu'une pâle copie du monde des Idées, le seul véritable. L'art, en imitant le monde sensible (par exemple, un peintre qui représente un arbre), est donc une "copie de copie". Il est doublement éloigné de la vérité. Platon voyait dans l'art une activité potentiellement dangereuse, capable d'induire en erreur et de détourner de la vérité. Il critiquait notamment les poètes, qu'il aurait bannis de sa cité idéale car ils imitent les passions et peuvent corrompre l'âme. L'art platonicien est une illusion, un simulacre.
Aristote, un autre grand philosophe grec, avait une vision plus nuancée et positive de la mimesis. Pour lui, l'imitation n'est pas seulement une reproduction servile, mais un acte naturel et formateur. L'homme est un animal mimétique. En imitant des actions ou des personnages, l'art (notamment la tragédie) permet de comprendre le monde et de libérer les émotions. C'est le concept de catharsis : la purgation des passions par la terreur et la pitié. L'art imite le réel, mais il le fait d'une manière qui peut nous instruire et nous purifier. L'art est donc une représentation qui a sa propre valeur.
- Idée clé : L'art reproduit la réalité, mais cette reproduction peut être perçue différemment : comme une tromperie (Platon) ou comme une source d'apprentissage et de plaisir (Aristote).
- Exemple : Un portrait réaliste, une sculpture antique représentant un corps humain.
L'art comme expression des sentiments
À l'opposé de l'idée d'imitation, ou du moins en complément, se développe l'idée que l'art est avant tout une manifestation de l'intérieur de l'artiste.
Cette conception prend son essor avec le Romantisme aux XVIIIe et XIXe siècles. Les artistes romantiques mettent l'accent sur la subjectivité, l'expression des émotions, des passions et de l'individualité de l'artiste. L'œuvre d'art n'est plus seulement un miroir du monde extérieur, mais une fenêtre sur l'âme de son créateur.
Pour des philosophes comme Schopenhauer, l'art est un moyen d'échapper à la souffrance du monde en contemplant les Idées, des formes pures qui nous libèrent de la volonté aveugle. La musique, en particulier, est vue comme l'expression la plus directe de la volonté elle-même, sans passer par la représentation du monde sensible.
- Idée clé : L'art est la voie par laquelle l'artiste communique ses émotions, ses visions intérieures, ses sentiments les plus profonds. L'œuvre d'art est alors le reflet d'une intériorité.
- Exemple : Les symphonies de Beethoven, les paysages de Caspar David Friedrich, les poèmes de Victor Hugo.
L'art comme création et transformation du réel
Au-delà de l'imitation ou de l'expression, l'art peut être vu comme une activité qui ne se contente pas de refléter ou de manifester, mais qui crée quelque chose de nouveau, qui transforme le réel.
Ici, l'accent est mis sur l'originalité de l'œuvre et sur la puissance d'imagination de l'artiste. L'artiste ne se contente pas de copier le monde, il le réinvente, le transfigure, ou même crée des mondes entièrement nouveaux. L'art ne nous montre pas le monde tel qu'il est, mais tel qu'il pourrait être, ou tel qu'il est perçu d'une manière unique.
L'art acquiert une autonomie : l'œuvre ne dépend plus uniquement de la réalité qu'elle imite ou des sentiments qu'elle exprime, elle a sa propre logique, ses propres règles. Elle devient une réalité à part entière. C'est l'idée que l'art n'est pas seulement un moyen, mais une fin en soi. L'art est une fabrication, une poiesis, qui aboutit à une œuvre unique.
- Idée clé : L'art est une force créatrice qui modifie notre perception du réel et peut même en générer un nouveau. Il est le fruit de l'imagination et de l'inventivité.
- Exemple : Les œuvres cubistes de Picasso qui décomposent et recomposent la réalité, la littérature fantastique, l'architecture avant-gardiste.
Les fonctions de l'art : esthétique, éthique, politique
L'art n'est pas qu'une définition, c'est aussi une activité qui remplit diverses fonctions dans la société et pour l'individu.
- Fonction esthétique : C'est la fonction la plus évidente. L'art vise à produire du beau et à procurer un plaisir esthétique. Il s'agit de la contemplation d'une forme, d'une harmonie, d'une perfection qui nous élève ou nous touche. Le plaisir esthétique est un plaisir "désintéressé", c'est-à-dire qu'il ne dépend pas de l'utilité de l'objet.
- Fonction éthique : L'art peut avoir une visée morale. Il peut nous inviter à réfléchir sur le bien et le mal, sur la condition humaine, sur nos valeurs. Par exemple, une œuvre littéraire peut nous confronter à des dilemmes moraux, nous faire éprouver de l'empathie pour des personnages ou nous montrer les conséquences de certaines actions.
- Fonction politique : L'art peut être un puissant outil d'engagement et de critique sociale. Il peut dénoncer des injustices, provoquer la réflexion sur des problèmes de société, soutenir une cause ou même servir de propagande. L'art peut ainsi contribuer à changer les mentalités ou à mobiliser les foules.
- Idée clé : L'art n'est pas seulement là pour être beau ; il peut aussi éduquer, émouvoir, provoquer, et même transformer la société.
- Exemples : La Liberté guidant le peuple de Delacroix (politique), Guernica de Picasso (politique/éthique), les tragédies grecques (éthique), une symphonie (esthétique).


