I. La question de l'existence : Qu'est-ce qu'exister ?
A. L'existence comme fait brut et l'étonnement philosophique
L'existence est d'abord un constat : nous sommes, le monde est. Ce fait, si évident qu'il en devient troublant, est le point de départ de toute interrogation philosophique.
- Le fait d'être : C'est la simple réalité que quelque chose est, plutôt que rien. C'est la présence du monde, des objets, des êtres vivants, et de nous-mêmes. C'est ce que l'on ne peut nier sans se contredire.
- L'étonnement métaphysique : Face à ce fait d'être, le philosophe s'étonne. Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Cette question, posée notamment par Leibniz, est le moteur de la métaphysique (la branche de la philosophie qui étudie la nature fondamentale de la réalité). L'étonnement est le début de la philosophie, car il nous pousse à chercher des explications au-delà de l'évidence.
- La contingence de l'existence : Ce qui existe aurait pu ne pas exister. Notre existence, celle du monde, n'est pas nécessaire. Elle est contingente. Cela signifie qu'elle dépend de causes qui auraient pu être différentes ou ne pas être. C'est une idée centrale qui alimente l'étonnement : si notre existence n'est pas nécessaire, alors pourquoi est-elle là ?
B. L'existence humaine : entre être et néant
L'existence humaine se distingue des autres formes d'existence par la conscience et la capacité de se projeter.
- L'existence pour soi : Selon Jean-Paul Sartre, il existe deux modes d'être : l'être en soi (les choses, les objets, qui sont ce qu'ils sont, sans conscience de leur être) et l'être pour soi (l'être humain, qui est conscient de son existence). L'être pour soi est caractérisé par une "faille", un "néant" : il n'est jamais figé, toujours en devenir. L'être humain n'est pas une essence donnée, mais une existence à construire.
- La conscience de soi : C'est la capacité de l'être humain à se percevoir comme sujet, distinct du monde et des autres. Cette conscience nous permet de réfléchir sur notre propre existence, de nous interroger sur son sens. Elle est à la fois une richesse et un fardeau.
- L'angoisse existentielle : Cette conscience de soi, couplée à la contingence de notre existence et à la liberté de nos choix, peut générer une angoisse. L'angoisse n'est pas la peur d'un objet précis, mais la peur de notre propre liberté, de notre responsabilité face au néant de nos possibilités. Elle révèle le caractère non-fondé de notre existence.
C. L'existence comme projet et liberté
Pour les philosophes existentialistes, l'existence humaine n'est pas une donnée, mais une tâche, un projet.
- L'existence précède l'essence : C'est la formule clé de Sartre. Cela signifie que l'homme n'a pas d'essence prédéfinie (pas de nature humaine universelle et figée). D'abord, il existe, il apparaît dans le monde, et ce n'est qu'ensuite qu'il se définit par ses choix, ses actes. Nous ne sommes pas créés avec un mode d'emploi, nous nous créons nous-mêmes.
- La liberté radicale : Puisque nous n'avons pas d'essence prédéfinie, nous sommes "condamnés à être libres" (Sartre). Chaque choix que nous faisons est une manifestation de notre liberté et nous engage entièrement. Il n'y a pas d'échappatoire à cette liberté, même le fait de ne pas choisir est un choix.
- La responsabilité : Cette liberté implique une responsabilité totale. Nous sommes responsables de ce que nous faisons de notre existence, mais aussi, par nos choix, nous créons une image de ce que l'homme devrait être. Nos choix ont une portée universelle.


