Contexte et Origines du Parnasse
La France au milieu du XIXe siècle : une société en mutation
Le XIXe siècle est une période de profonds bouleversements en France.
- Industrialisation et urbanisation : La révolution industrielle transforme le pays. Les usines se multiplient, les villes grossissent à vue d'œil (c'est l'urbanisation), et de nouvelles classes sociales apparaissent ou prennent de l'ampleur. Finie la France rurale d'antan !
- Montée de la bourgeoisie : La bourgeoisie, classe sociale enrichie par le commerce et l'industrie, prend de plus en plus le pouvoir économique et politique. Ses valeurs (travail, ordre, matérialisme) deviennent dominantes.
- Déceptions post-révolutionnaires : Après les espoirs de la Révolution de 1848, les coups d'État et l'instauration du Second Empire par Napoléon III (1852-1870) entraînent une profonde désillusion chez beaucoup d'intellectuels et d'artistes. La politique est perçue comme un échec, la société comme matérialiste et vulgaire.
Dans ce contexte, de nombreux artistes ressentent le besoin de se réfugier dans l'art, de le protéger des turpitudes du monde.
Réaction au Romantisme : le rejet de l'épanchement lyrique
Le Parnasse naît en grande partie en réaction au mouvement qui l'a précédé : le Romantisme.
- Subjectivité romantique : Les Romantiques (Lamartine, Hugo jeune, Musset, Vigny) mettaient en avant leurs sentiments personnels, leurs émotions, leur "moi" lyrique. Ils parlaient d'amour, de nature, de Dieu, de la mort, et exprimaient leurs joies et leurs peines avec beaucoup de passion.
- Poésie engagée et utilitaire : Pour beaucoup de Romantiques (notamment Victor Hugo), la poésie devait avoir une utilité sociale, politique, voire morale. Elle devait instruire, émouvoir, dénoncer. C'était une poésie "engagée".
- Recherche de l'objectivité : Les Parnassiens, eux, sont lassés de cet épanchement personnel et de cette utilité revendiquée. Ils considèrent que l'art ne doit pas être un journal intime ou un outil de propagande. Ils aspirent à une plus grande objectivité, à un art détaché des passions humaines. Ils veulent une poésie moins "criarde" et plus "sculpturale".
L'émergence de la doctrine de l'"Art pour l'Art"
C'est là qu'intervient une idée fondamentale du Parnasse : l'"Art pour l'Art".
- Théophile Gautier et la préface de Mademoiselle de Maupin : Bien que le concept ait des racines plus anciennes, c'est Théophile Gautier qui le popularise et en fait un manifeste dans la préface de son roman Mademoiselle de Maupin (1835). Il y affirme que l'art n'a pas à être utile. Ce qui est utile est laid. Seul ce qui est inutile est beau.
- Autonomie de l'œuvre d'art : Pour les Parnassiens, l'œuvre d'art doit être autonome. Elle existe pour elle-même, elle n'a pas besoin de justifier son existence par une morale, une émotion ou un message politique. Sa seule fin est sa propre beauté.
- Beauté intrinsèque de l'art : La valeur de l'art réside dans sa beauté formelle, dans la perfection de son exécution, et non dans le message qu'il véhicule ou l'émotion qu'il provoque. L'art est une fin en soi. Le mot d'ordre est clair : l'art n'a pas d'autre but que l'art lui-même.


