Introduction au Symbolisme : Contexte et Définition
Le XIXe siècle : Crise et Nouveaux Horizons
La seconde moitié du XIXe siècle est une période de profonds bouleversements en France. C'est la fin d'une époque et l'aube d'une nouvelle.
- Fin du Romantisme et du Parnasse : Le Romantisme, avec son exaltation du moi et de la nature, s'essouffle. Le Parnasse, qui lui succède, prône l'art pour l'art, la perfection formelle et l'impersonnalité, mais il ne répond plus aux aspirations d'une partie des artistes qui cherchent plus de profondeur et de spiritualité. Les symbolistes critiquent la superficialité et le matérialisme de ces courants.
- Contexte social et politique : La France traverse une période d'instabilité. La fin du Second Empire (1870) et l'établissement de la Troisième République marquent des changements politiques majeurs. La société est en pleine mutation industrielle et scientifique, ce qui peut générer un sentiment de désenchantement face à un monde perçu comme trop rationnel et matérialiste.
- Influence des sciences et de la philosophie :
- La montée du positivisme, qui valorise la science et la raison, pousse certains à chercher des échappatoires dans l'irrationnel et le spirituel.
- Les philosophies de Schopenhauer (avec l'idée d'un monde dominé par une Volonté aveugle et l'importance de l'art comme refuge) et de Nietzsche (remettant en question les valeurs établies et prônant un dépassement de soi) influencent la quête de sens et la remise en cause des certitudes. La psychologie naissante, avec l'exploration de l'inconscient, ouvre également de nouvelles perspectives.
Définition et Caractéristiques Générales du Symbolisme
Le Symbolisme se définit par une série de ruptures et d'affirmations.
- Rejet du réalisme et du naturalisme : Les symbolistes s'opposent farouchement à la représentation mimétique du réel, à la description objective et au souci du détail qui caractérisent le réalisme et le naturalisme (Zola, Maupassant). Ils estiment que la réalité visible n'est qu'une apparence, derrière laquelle se cache une vérité plus profonde, spirituelle ou idéale.
- Importance du symbole et de la suggestion : Au lieu de décrire, le symboliste suggère. Le symbole devient l'outil privilégié pour exprimer l'ineffable, l'invisible, les états d'âme complexes. Il ne s'agit plus de nommer les choses directement, mais de les évoquer par des correspondances, des analogies, des images. Un symbole n'a pas un sens unique et figé ; il est polysémique et invite à l'interprétation.
- Quête de l'idéal et de l'ineffable : Le mouvement est animé par une aspiration à l'idéal, à la beauté parfaite, au mystère. Il cherche à exprimer ce qui ne peut être dit par les mots ordinaires, ce qui est au-delà de la perception sensorielle. C'est une tentative de sonder les profondeurs de l'âme humaine et de l'univers. Le Symbolisme est une exploration de l'invisible à travers le visible.
Les Précurseurs et les Manifestes
Le Symbolisme n'apparaît pas du jour au lendemain. Il s'appuie sur des figures tutélaires et se structure autour de textes fondateurs.
- Baudelaire et les 'Correspondances' : Charles Baudelaire est considéré comme le grand précurseur du Symbolisme. Son poème "Correspondances" (issu des Fleurs du Mal, 1857) est essentiel. Il y développe l'idée que "La Nature est un temple où de vivants piliers / Laissent parfois sortir de confuses paroles" et évoque les "correspondances" entre les parfums, les couleurs et les sons. Il postule une unité secrète du monde, où tout se répond.
- Verlaine et l'Art poétique : Paul Verlaine, avec son poème "Art poétique" (écrit en 1874, publié en 1882), formule des principes clés du Symbolisme avant la lettre. Il y prône la "Musique avant toute chose", la "nuance", la "suggestion" plutôt que la "couleur" ou la "description". Sa célèbre injonction est : "De la musique avant toute chose, / Et pour cela préfère l'Impair".
- Le manifeste de Jean Moréas (1886) : C'est dans un article publié dans le supplément littéraire du journal Le Figaro le 18 septembre 1886 que le poète Jean Moréas officialise le terme "symbolisme" et en définit les grandes lignes. Il y déclare que la poésie symboliste "s'efforce de vêtir l'Idée d'une forme sensible", que le but est de "dégager le sens mystérieux des aspects de l'existence". Ce manifeste marque la naissance officielle du mouvement.


