Introduction au Romantisme : Contexte et Définitions
Qu'est-ce que le Romantisme ?
Le Romantisme est un mouvement artistique et intellectuel majeur qui a profondément marqué la littérature, la peinture, la musique et la pensée européenne. Il se définit avant tout comme une réaction.
- Définition générale du mouvement : Le Romantisme est un mouvement culturel qui privilégie l'expression des sentiments, de l'imagination et de la subjectivité. Il s'oppose à la raison et aux règles strictes des mouvements précédents. C'est une célébration de l'individu, de ses émotions profondes et de sa liberté.
- Période chronologique : En France, le Romantisme s'épanouit principalement de la fin du XVIIIe siècle au milieu du XIXe siècle (approximativement de 1800 à 1850). Il connaît son apogée autour des années 1820-1830.
- Réaction au classicisme et aux Lumières :
- Contre le classicisme : Le Romantisme rejette les règles rigides du classicisme (comme les trois unités au théâtre), la primauté de la raison, et l'idéal d'une beauté universelle et intemporelle. Les Romantiques préfèrent la liberté de forme, l'expression du "moi" et la diversité des beautés (y compris le laid, le grotesque).
- Contre les Lumières : Si les Lumières avaient exalté la raison et le progrès scientifique, les Romantiques, sans nier leur importance, mettent en avant l'importance des sentiments, de l'intuition, du mysticisme et de la spiritualité. Ils sont parfois désillusionnés par les promesses non tenues de la Révolution et se tournent vers l'introspection.
Contexte Historique et Social
Le Romantisme ne peut être compris sans son ancrage dans une période de profonds bouleversements.
- Révolutions politiques (1789, 1830, 1848) :
- La Révolution Française de 1789 a ébranlé les fondements de la société et de la monarchie, provoquant une instabilité politique durable et une quête de nouveaux repères. Elle a aussi libéré les esprits et promu l'idéal de liberté.
- Les révolutions de 1830 et 1848 (les "Trois Glorieuses" et le "Printemps des Peuples") témoignent de cette effervescence politique et de la volonté des peuples de s'affranchir des régimes autoritaires. Ces événements nourrissent chez les artistes un sentiment d'engagement, mais aussi de désillusion face aux échecs ou aux compromis.
- Montée de la bourgeoisie : Avec la fin de l'Ancien Régime et l'essor du commerce et de l'industrie, la bourgeoisie devient la classe dominante. Ses valeurs (travail, mérite, argent) influencent la société, parfois au détriment des idéaux aristocratiques ou populaires, créant de nouvelles tensions sociales.
- Industrialisation et ses conséquences : L'émergence des usines, le développement des villes et l'exode rural transforment le paysage et la vie quotidienne. Si certains y voient le progrès, d'autres dénoncent la misère ouvrière, la déshumanisation et la destruction de la nature. Cela nourrit une certaine mélancolie et une nostalgie d'un monde plus simple et plus "naturel".
Les Sources du Romantisme
Le Romantisme n'est pas né en France de manière isolée. Il a puisé ses racines dans des influences européennes.
- Influence du Sturm und Drang allemand : Ce mouvement littéraire allemand de la fin du XVIIIe siècle ("Tempête et Passion") est un précurseur majeur. Il met l'accent sur la liberté individuelle, l'expression des passions extrêmes, le génie créateur et la communion avec une nature sauvage et grandiose. Goethe (Les Souffrances du jeune Werther, 1774) en est une figure emblématique.
- Le préromantisme français (Rousseau, Chateaubriand) : Dès le XVIIIe siècle, des auteurs français annoncent le Romantisme :
- Jean-Jacques Rousseau (La Nouvelle Héloïse, 1761 ; Les Rêveries du promeneur solitaire, 1782) exalte la nature, la sensibilité, le "bon sauvage" et le culte du "moi" introspectif.
- François-René de Chateaubriand (Atala, 1801 ; René, 1802 ; Mémoires d'outre-tombe) est souvent considéré comme le père du romantisme français. Il introduit le "mal du siècle", la mélancolie, la fascination pour l'exotisme et une nature idéalisée.
- Le romantisme anglais (Byron, Shelley) : Les poètes anglais comme Lord Byron (Childe Harold's Pilgrimage, 1812-1818) et Percy Bysshe Shelley incarnent un romantisme marqué par la figure du héros solitaire et révolté, le goût pour l'aventure, la liberté et une certaine damnation. Leur influence est considérable sur les jeunes auteurs français.


