Les fondements du théâtre classique au XVIIe siècle
Le contexte historique et culturel du Grand Siècle
Le XVIIe siècle en France est dominé par la monarchie absolue, notamment sous le règne de Louis XIV. Le roi, surnommé le « Roi-Soleil », centralise le pouvoir et utilise les arts, y compris le théâtre, pour affirmer sa grandeur et la puissance de la France. Le classicisme est le courant artistique et littéraire majeur de cette période. Il prône la raison, la mesure, l'ordre et l'harmonie, en s'inspirant des modèles de l'Antiquité grecque et romaine. Le théâtre devient un instrument d'éducation morale et un reflet des valeurs de l'époque. La cour joue un rôle prépondérant dans le mécénat et la diffusion des œuvres.
Le théâtre classique est donc étroitement lié au pouvoir royal et aux idéaux de la monarchie absolue.
Les règles du théâtre classique : bienséance et vraisemblance
Le théâtre classique est encadré par des règles strictes, issues de l'interprétation de la Poétique d'Aristote. Les plus célèbres sont la règle des trois unités (temps, lieu, action) :
- Unité de temps : L'action doit se dérouler en une seule journée (24 heures maximum).
- Unité de lieu : L'action doit se dérouler en un seul endroit.
- Unité d'action : Il ne doit y avoir qu'une seule intrigue principale, sans digressions.
À ces unités s'ajoutent deux principes fondamentaux :
- La bienséance : Rien de choquant ou d'indécent ne doit être montré ou dit sur scène (pas de violence physique ou verbale explicite, pas de scènes d'amour passionnées). Les événements violents sont racontés hors scène par un personnage, dans un récit appelé « récit de messager ».
- La vraisemblance : L'action doit paraître crédible au public. Les personnages doivent agir et parler de manière conforme à leur rang et à la logique humaine.
La fonction morale du théâtre classique est également essentielle : il doit instruire le public en lui présentant des exemples à suivre ou à ne pas suivre.
La tragédie classique : Corneille et Racine
La tragédie classique est un genre noble qui met en scène des personnages de haut rang (rois, héros, dieux) confrontés à des dilemmes insurmontables. Son but est de provoquer la catharsis chez le spectateur, c'est-à-dire une purification des passions par la terreur et la pitié.
- Pierre Corneille (1606-1684) : Il est le maître du héros cornélien, un personnage qui fait face à un choix difficile entre l'amour et le devoir, la passion et la raison. Ses pièces, comme Le Cid ou Horace, célèbrent la gloire, l'honneur et la volonté. Le héros cornélien est souvent un personnage volontaire, maître de ses passions.
- Jean Racine (1639-1699) : Il excelle dans la peinture de la passion racinienne, une passion destructrice et fatale qui mène inexorablement les personnages à leur perte. Ses tragédies (Phèdre, Andromaque) explorent les tourments de l'âme humaine et la fatalité. Les héros raciniens sont souvent victimes de leurs propres passions ou d'un destin implacable.
Le dilemme tragique est au cœur de la tragédie classique, confrontant les personnages à des choix impossibles aux conséquences souvent funestes.
La comédie classique : Molière et la satire sociale
La comédie classique, bien que soumise aux mêmes règles formelles que la tragédie, a des objectifs différents. Elle vise à divertir, mais aussi à corriger les mœurs par le rire.
- Molière (Jean-Baptiste Poquelin, 1622-1673) : Il est le dramaturge comique le plus célèbre du XVIIe siècle. Ses pièces sont des critiques acerbes des travers de la société de son temps : l'hypocrisie religieuse (Tartuffe), la misanthropie (Le Misanthrope), la prétention des bourgeois (Le Bourgeois gentilhomme), la maladie (Le Malade imaginaire). Il utilise des types de personnages récurrents (le vieil homme crédule, le jeune amoureux, la femme savante, le valet rusé) pour incarner les défauts humains. Molière excelle dans la comédie-ballet, un genre qu'il a créé en intégrant des intermèdes musicaux et dansés à l'action dramatique.
Les comédies de Molière ont une double fonction : faire rire et réfléchir. Elles dénoncent les vices et les ridicules pour amener le spectateur à une prise de conscience.


