Introduction au théâtre classique (XVIIe siècle)
Contexte historique et culturel du XVIIe siècle
Le XVIIe siècle est dominé par la figure de Louis XIV, le Roi-Soleil, dont le règne est marqué par la mise en place d'une monarchie absolue. Le pouvoir royal est centralisé et s'étend à tous les domaines, y compris la culture.
- Monarchie absolue et mécénat royal : Le roi est le centre de l'État et le protecteur des arts. Il utilise le théâtre comme un outil de prestige et de propagande pour asseoir sa grandeur. Des écrivains comme Molière, Racine ou Corneille bénéficient de son soutien et de ses commandes. Le château de Versailles devient un lieu de représentations théâtrales somptueuses.
- Influence de la Contre-Réforme : En réaction à la Réforme protestante, l'Église catholique cherche à réaffirmer sa doctrine et sa puissance. Cela se traduit par une moralisation des mœurs et une surveillance accrue des productions artistiques. Le théâtre doit servir à édifier et instruire le public, en plus de le divertir.
- Naissance de l'Académie française : Fondée en 1635 par le cardinal de Richelieu, l'Académie française a pour mission de fixer la langue française et d'en codifier les règles. Cette volonté d'ordre et de clarté linguistique se reflète dans les œuvres théâtrales de l'époque. Elle contribue à établir les règles du classicisme.
Les règles du théâtre classique
Le classicisme est avant tout un mouvement fondé sur la raison, la mesure et la clarté. Le théâtre classique obéit à des règles strictes, inspirées de l'Antiquité, notamment d'Aristote.
- Règle des trois unités (temps, lieu, action) :
- Unité de temps : L'action doit se dérouler en une seule journée (idéalement 24 heures). Cela permet de rendre l'intrigue plus concentrée et plus vraisemblable.
- Unité de lieu : L'action doit se dérouler dans un seul et même endroit. Cela renforce la concentration de l'intrigue et évite la dispersion du spectateur.
- Unité d'action : L'intrigue principale doit être unique et sans intrigue secondaire qui pourrait la parasiter. Tous les éléments doivent concourir à la résolution du conflit principal. Ces règles visent à renforcer la vraisemblance et la clarté de l'œuvre.
- Vraisemblance et bienséance :
- Vraisemblance : L'action représentée doit être crédible, c'est-à-dire conforme à ce qui est considéré comme possible ou probable dans la réalité. Même si l'histoire est fictive, elle doit paraître plausible.
- Bienséance : Les pièces ne doivent pas choquer le public. Cela signifie qu'il faut éviter de représenter sur scène la violence, la mort, les scènes de sexe ou tout ce qui pourrait être jugé vulgaire ou indécent. Ces éléments sont racontés hors scène, par des récits. La bienséance concerne aussi le respect des rangs sociaux et des mœurs de l'époque.
- Fonction morale et didactique : Le théâtre classique ne vise pas seulement à divertir. Il a aussi une vocation éducative. Il doit instruire le public, lui montrer les vertus à suivre et les vices à éviter. La pièce doit laisser une leçon morale. C'est l'idée du "plaire et instruire" (placere et docere).
Les grands genres : tragédie et comédie
Le théâtre classique reconnaît deux genres majeurs, chacun avec ses codes et ses objectifs.
- Caractéristiques de la tragédie :
- Héros : Des personnages de haut rang (rois, princes, nobles) confrontés à des dilemmes moraux ou à des destins funestes.
- Fatalité : Les personnages sont souvent pris au piège d'une force supérieure (le destin, les dieux, la passion) qui les pousse inéluctablement vers la catastrophe.
- Catharsis : La tragédie vise à purger les passions du spectateur (terreur et pitié) en lui montrant les conséquences des erreurs humaines. Le spectateur, en s'identifiant aux personnages, éprouve une libération émotionnelle.
- Thèmes : L'amour impossible, le devoir, l'honneur, la vengeance, la jalousie, la mort.
- Style : Langue soutenue, versification en alexandrins (vers de 12 syllabes) avec rimes.
- Auteurs majeurs : Corneille (le choix, le devoir, la volonté) et Racine (la passion, la fatalité, la psychologie).
- Caractéristiques de la comédie :
- Moeurs et caractères : La comédie dépeint les travers de la société et les défauts des individus (l'avarice, l'hypocrisie, la prétention).
- Rire : Elle provoque le rire du spectateur, souvent par le quiproquo, la farce, l'exagération ou la caricature.
- Fonction : Corriger les mœurs par le rire. "Castigat ridendo mores" (Elle corrige les mœurs en riant).
- Personnages : Souvent des bourgeois, des valets, des femmes de la société.
- Style : Langue plus proche du langage parlé, alternance de prose et de vers.
- Auteur majeur : Molière, maître de la comédie de caractère et de mœurs.
Étude d'une œuvre majeure : Le Cid ou Phèdre
Choisissons Phèdre de Jean Racine, pièce emblématique de la tragédie classique.
- Analyse de l'intrigue et des personnages :
- Intrigue : Phèdre, femme de Thésée, est secrètement amoureuse de son beau-fils, Hippolyte. La fausse nouvelle de la mort de Thésée libère sa passion, mais le retour de Thésée la pousse au désespoir. Oenone, sa nourrice, l'incite à calomnier Hippolyte, qui est finalement maudit par son père et meurt. Phèdre avoue sa faute et se suicide.
- Personnages :
- Phèdre : Une femme déchirée par une passion coupable et honteuse, victime d'une fatalité et d'une hérédité maudite. Elle est l'incarnation de la passion destructrice.
- Hippolyte : Le héros vertueux, épris de pureté, qui rejette l'amour et se retrouve injustement accusé.
- Thésée : Le roi héroïque mais aveuglé par la colère, qui provoque la mort de son fils.
- Les personnages raciniens sont souvent victimes de leurs passions, incapables de les maîtriser.
- Thèmes principaux (honneur, devoir, passion) :
- Passion : C'est le thème central. La passion de Phèdre est une force irrésistible et destructrice qui la mène à sa perte et entraîne la mort d'Hippolyte. Elle est présentée comme une maladie, une folie.
- Devoir : Hippolyte incarne le devoir et la vertu, mais il est broyé par la force des passions des autres. Le devoir familial et moral est bafoué.
- Honneur : L'honneur est essentiel pour ces personnages de haut rang. La honte de sa passion pousse Phèdre au mensonge et au suicide.
- Fatalité : Phèdre se sent victime d'une fatalité divine, héritée de sa lignée maudite, qui la pousse à aimer contre sa volonté.
- Structure et versification (alexandrin) :
- Structure : La pièce est divisée en cinq actes, respectant les unités de temps, de lieu et d'action. L'action est resserrée, le rythme est rapide, la tension monte progressivement jusqu'à la catastrophe finale.
- Versification : La pièce est entièrement écrite en alexandrins, vers de douze syllabes, avec une césure (pause) à la sixième syllabe, et des rimes plates (AABB). L'alexandrin classique confère à la tragédie une grande solennité et une musicalité particulière. Exemple : "Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur." (Hippolyte) La langue est noble, poétique, et d'une grande clarté.


