I. Les fonctions économiques de l'État
A. Les fonctions régaliennes et l'État-gendarme
Historiquement, les premières fonctions de l'État sont dites "régaliennes". Elles sont considérées comme la raison d'être fondamentale de tout État souverain. L'expression "État-gendarme" désigne un État dont l'intervention se limite principalement à ces fonctions.
- Sécurité intérieure et extérieure : L'État assure la protection des citoyens et du territoire. Cela passe par la police, la gendarmerie et les services de renseignement pour la sécurité intérieure, et par l'armée pour la Défense nationale. Sans cette sécurité, aucune activité économique stable n'est possible.
- Justice : L'État est le garant de l'application des lois et de la résolution des conflits. Un système judiciaire efficace est indispensable pour faire respecter les contrats, protéger la propriété privée et assurer un climat de confiance nécessaire aux échanges économiques.
- Émission de la monnaie : Bien que souvent déléguée à une banque centrale indépendante aujourd'hui, la souveraineté monétaire reste une prérogative de l'État (ou d'un ensemble d'États comme dans la zone euro).
- Définition du cadre institutionnel : L'État établit les règles du jeu économique et social (lois, décrets, réglementations). C'est ce cadre qui permet aux entreprises de fonctionner, aux individus de travailler et d'échanger en toute légalité. Sans un cadre légal clair et stable, l'incertitude serait trop grande pour les agents économiques.
B. Les fonctions d'allocation des ressources
Au-delà des fonctions régaliennes, l'État intervient pour corriger les "défaillances du marché". C'est-à-dire les situations où le marché, laissé à lui-même, ne parvient pas à allouer les ressources de manière optimale.
- Biens collectifs : Ce sont des biens non-excluables (on ne peut empêcher personne de les consommer, même s'il ne paie pas) et non-rivaux (la consommation d'une personne n'empêche pas celle d'une autre). Le marché ne peut pas les fournir efficacement car il est difficile de faire payer les utilisateurs (problème du "passager clandestin").
- Exemples : L'éclairage public, la défense nationale, un phare maritime. L'État doit les financer via l'impôt.
- Externalités : Ce sont les conséquences (positives ou négatives) de l'activité d'un agent économique sur un tiers, sans qu'il y ait compensation monétaire.
- Externalités négatives : La pollution d'une usine. L'État intervient par la réglementation (normes antipollution), la taxation (taxe carbone) ou l'interdiction.
- Externalités positives : La recherche fondamentale, la vaccination. L'État peut subventionner ces activités pour encourager leur développement.
- Monopoles naturels : Situation où une seule entreprise peut produire un bien ou un service à un coût inférieur à celui de plusieurs entreprises, souvent en raison de coûts fixes très élevés (ex: réseaux ferrés, distribution d'eau). L'État peut alors nationaliser le monopole ou le réglementer fortement pour éviter les abus de position dominante (prix excessifs, qualité médiocre).
- Information asymétrique : Quand une partie à un échange dispose de plus d'informations que l'autre. L'État peut intervenir pour protéger la partie la moins informée (ex: réglementation des marchés financiers, obligation d'information sur les produits). L'État cherche ainsi à améliorer l'efficacité économique en intervenant là où le marché est défaillant.
C. Les fonctions de redistribution des richesses
Cette fonction vise à corriger les inégalités de revenus et de patrimoine générées par le marché. L'objectif est de promouvoir la cohésion sociale et l'équité.
- Prélèvements obligatoires : L'État collecte des fonds via les impôts (sur les revenus, la consommation, le patrimoine) et les cotisations sociales (finançant la protection sociale). C'est le principal moyen de financer la redistribution.
- Prestations sociales : L'État (ou les organismes de sécurité sociale) reverse ensuite ces fonds sous forme de prestations.
- Prestations monétaires : Allocations chômage, minima sociaux (RSA), allocations familiales, pensions de retraite.
- Prestations en nature : Remboursement des soins de santé, accès à l'éducation publique, logements sociaux.
- Objectifs :
- Réduction des inégalités : Diminuer l'écart entre les plus riches et les plus pauvres.
- Protection sociale : Couvrir les individus face aux risques de l'existence (maladie, vieillesse, chômage, maternité).
- Cohésion sociale : Assurer un niveau de vie décent à tous et éviter l'exclusion. La redistribution est un pilier de l'État-providence, visant à garantir une certaine équité sociale.
D. Les fonctions de stabilisation de l'économie
L'État cherche à atténuer les fluctuations de la conjoncture économique (périodes de forte croissance et de récession) pour favoriser une croissance stable, le plein emploi et la stabilité des prix.
- Politique budgétaire : L'État utilise son budget (dépenses et recettes fiscales) pour influencer l'activité économique.
- En période de récession : Augmentation des dépenses publiques ou baisse des impôts pour stimuler la demande (politique de relance).
- En période de surchauffe/inflation : Réduction des dépenses ou augmentation des impôts pour freiner la demande (politique de rigueur).
- Politique monétaire : Bien que souvent menée par une banque centrale indépendante (comme la Banque Centrale Européenne), elle est coordonnée avec les objectifs de l'État. Elle agit sur les taux d'intérêt et la quantité de monnaie en circulation pour influencer l'investissement et la consommation.
- Objectifs macroéconomiques (le "carré magique" de Kaldor) :
- Forte Croissance économique
- Faible taux de chômage (plein emploi)
- Stabilité des prix (faible inflation)
- Équilibre des comptes extérieurs
- Exemple : Pendant la crise du COVID-19, l'État français a mis en place des mesures de soutien massives (chômage partiel, aides aux entreprises) pour éviter l'effondrement de l'économie. Ces politiques visent à lisser le cycle économique et à assurer un environnement favorable à l'activité.


