Comprendre les causes du chômage pour mieux le combattre
Les différentes formes de chômage
Le chômage n'est pas un phénomène monolithique. Il prend plusieurs visages, chacun ayant ses propres caractéristiques et causes.
- Chômage conjoncturel : Ce type de chômage est lié aux fluctuations de l'activité économique globale. En période de récession ou de ralentissement de la croissance, la demande de biens et services diminue, entraînant une baisse de la production des entreprises. Pour s'adapter, les entreprises réduisent leurs effectifs, ce qui provoque une augmentation du chômage.
- Exemple : Lors de la crise financière de 2008, de nombreuses entreprises ont réduit leurs investissements et licencié du personnel face à la baisse de la demande.
- Chômage structurel : Il résulte de profondes transformations de l'économie (mutation technologique, délocalisation, changement de structure de la production) qui rendent certaines qualifications obsolètes ou créent un décalage durable entre les compétences des travailleurs et les besoins du marché du travail. Il est souvent de longue durée.
- Exemple : Le déclin de l'industrie minière a conduit à un chômage structurel pour les mineurs, dont les compétences n'étaient plus requises. L'automatisation peut aussi créer ce type de chômage.
- Chômage frictionnel : C'est un chômage de courte durée inhérent au fonctionnement normal du marché du travail. Il correspond au temps nécessaire pour qu'un travailleur qui quitte ou perd un emploi en retrouve un autre. Il est souvent lié à la recherche d'un meilleur emploi ou à un déménagement.
- Exemple : Un jeune diplômé qui cherche son premier emploi ou une personne qui change de région et cherche un nouveau poste.
- Chômage classique : Selon l'analyse néoclassique, ce chômage est dû à un coût du travail trop élevé (salaires réels supérieurs au salaire d'équilibre du marché), ce qui décourage les entreprises d'embaucher.
- Exemple : Si le salaire minimum est jugé trop élevé par les entreprises, elles préféreront automatiser certaines tâches ou réduire leurs embauches.
Les explications néoclassiques du chômage
L'approche néoclassique, dominante dans les années 1980-90, considère le marché du travail comme un marché classique où l'offre et la demande de travail déterminent un prix (le salaire) et une quantité (l'emploi). Pour les néoclassiques, le chômage est principalement volontaire ou résulte d'entraves au bon fonctionnement de ce marché.
- Coût du travail : Pour les néoclassiques, un coût du travail trop élevé (salaires, cotisations sociales, etc.) par rapport à la productivité des travailleurs rend l'embauche moins rentable pour les entreprises. Si le salaire réel est supérieur au salaire d'équilibre, il y a un excès d'offre de travail (chômage).
- Rigidités du marché du travail : Elles désignent l'ensemble des règles et réglementations (législation sur les licenciements, durée du travail, salaire minimum) qui empêchent le marché du travail de s'ajuster librement. Ces rigidités empêcheraient les salaires de baisser en période de chômage, ce qui maintiendrait un chômage "involontaire" selon cette perspective.
- Salaire minimum : Le SMIC (Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance) est vu comme une rigidité. S'il est fixé au-dessus du salaire d'équilibre du marché, il peut créer du chômage, notamment pour les travailleurs peu qualifiés dont la productivité est jugée inférieure à ce coût.
- Asymétries d'information : Elles se produisent lorsque l'une des parties (employeur ou employé) dispose de plus d'informations que l'autre. Par exemple, l'employeur ne connaît pas parfaitement la productivité réelle d'un candidat avant de l'embaucher, ce qui peut freiner les embauches ou justifier des salaires plus bas pour compenser ce risque.
Les explications keynésiennes du chômage
L'approche keynésienne, développée par John Maynard Keynes, propose une vision radicalement différente du chômage, surtout en période de crise. Pour Keynes, le chômage est principalement involontaire et résulte d'un problème de demande.
- Insuffisance de la demande effective : C'est le concept central. La demande effective correspond au niveau de production anticipé par les entreprises pour l'avenir. Si les entreprises anticipent une demande faible pour leurs produits, elles réduisent leurs investissements et leurs embauches, ce qui entraîne une baisse de la production et une augmentation du chômage. Le chômage n'est pas dû à un coût du travail trop élevé, mais à un manque de débouchés.
- Anticipations des entreprises : Les décisions d'investissement et d'embauche des entreprises sont fortement influencées par leurs anticipations concernant l'avenir de l'économie. Des anticipations pessimistes peuvent créer un cercle vicieux de baisse de la production et de l'emploi.
- Multiplicateur keynésien : Une augmentation de la dépense autonome (investissement, consommation publique, exportations) entraîne une augmentation plus que proportionnelle du revenu national et donc de la demande globale. Si l'État dépense 1€, cela peut générer plus de 1€ d'activité économique. Ce mécanisme peut être utilisé pour relancer l'économie et réduire le chômage.
- Chômage involontaire : Contrairement aux néoclassiques, les keynésiens affirment que les travailleurs sont prêts à travailler au salaire en vigueur, mais ne trouvent pas d'emploi faute de débouchés pour les entreprises. Ils ne sont pas "trop chers", mais "non demandés".
Les facteurs institutionnels et sociologiques du chômage
Au-delà des analyses économiques pures, d'autres facteurs, dits institutionnels ou sociologiques, influencent également le niveau et la nature du chômage.
- Réglementation du travail : L'ensemble des lois et règles qui encadrent les relations de travail (contrats, licenciements, temps de travail, etc.). Une réglementation jugée trop rigide par les employeurs peut freiner l'embauche, tandis qu'une réglementation trop souple peut précariser l'emploi.
- Syndicats : Les syndicats jouent un rôle dans la défense des salaires et des conditions de travail. Leur pouvoir de négociation peut influencer le coût du travail et, selon les néoclassiques, contribuer au chômage si les salaires sont poussés au-delà du niveau d'équilibre. Pour d'autres, ils garantissent des conditions de travail décentes.
- Appariement offre/demande : Il s'agit de la capacité du marché du travail à faire correspondre les offres d'emploi disponibles avec les compétences et les aspirations des demandeurs d'emploi. Un mauvais appariement (manque de qualifications, inadéquation géographique) contribue au chômage structurel et frictionnel.
- Qualifications : L'évolution rapide des technologies et des modes de production exige des qualifications constamment mises à jour. Un manque de formation ou des qualifications obsolètes peuvent exclure certains travailleurs du marché de l'emploi, augmentant le chômage structurel.


