1. La notion de risque et ses évolutions
1.1. Définition et typologie des risques
En sciences économiques et sociales, un risque est la possibilité qu'un événement imprévu et indésirable se produise, entraînant des conséquences négatives. Ce n'est pas une certitude, mais une probabilité.
Il existe différentes catégories de risques :
- Risque individuel : Il concerne une personne ou un foyer spécifique. Par exemple, tomber malade, avoir un accident de voiture, perdre son emploi. Ces risques sont souvent gérés par l'assurance privée.
- Risque collectif : Il touche une partie significative de la population ou l'ensemble de la société. Par exemple, une épidémie, une catastrophe naturelle (tremblement de terre, inondation), une crise économique majeure. La gestion de ces risques nécessite souvent une intervention publique.
- Risque social : C'est un type particulier de risque collectif dont la survenue entraîne une perte de revenus ou une augmentation des dépenses, menaçant ainsi l'intégration sociale de l'individu. La protection sociale est spécifiquement conçue pour y faire face. Exemples : maladie, vieillesse, chômage, maternité, invalidité.
- Aléas : C'est le terme plus général pour désigner un événement incertain qui peut avoir des conséquences. Le risque est l'aléa évalué en termes de probabilité et de gravité.
Ces risques peuvent avoir des conséquences variées : financières (perte de revenu, coût de soins), physiques (blessures, maladies), psychologiques (stress, anxiété) ou sociales (isolement, exclusion).
1.2. L'évolution historique de la perception des risques
La façon dont les sociétés perçoivent et gèrent les risques a considérablement changé au cours de l'histoire.
- Société traditionnelle (pré-industrielle) :
- Les risques sont principalement liés à la nature (mauvaises récoltes, épidémies) et à la famille (perte d'un membre soutenant).
- La gestion repose sur la solidarité familiale, communautaire ou religieuse. Les systèmes d'entraide sont informels.
- La perception est souvent fataliste, les aléas étant vus comme la volonté divine ou le destin.
- Société industrielle (XIXe-milieu XXe siècle) :
- L'urbanisation et le développement industriel créent de nouveaux risques : accidents du travail, maladies professionnelles, chômage lié aux cycles économiques.
- La famille élargie se fragmente, réduisant les capacités d'entraide informelle.
- Émergence des premières formes d'assurance privée et des mutuelles ouvrières, puis des lois sociales qui posent les bases de la protection sociale. L'État commence à s'impliquer.
- Société post-industrielle (depuis le milieu du XXe siècle) :
- Développement de l'État-providence et généralisation de la protection sociale.
- Apparition de nouveaux risques :
- Risques environnementaux (pollution, réchauffement climatique).
- Risques technologiques (accidents nucléaires, cyberattaques).
- Risques psychosociaux (stress au travail, burn-out).
- Risques liés à la précarité de l'emploi (contrats courts, temps partiel subi).
- La perception est de plus en plus celle d'une société du risque où l'incertitude est omniprésente, nécessitant une gestion sophistiquée et collective. La science et l'expertise jouent un rôle croissant dans l'évaluation et la gestion des risques.
1.3. La gestion individuelle et collective des risques
Face aux risques, les individus et les sociétés mettent en place différentes stratégies :
- Prévention : Il s'agit d'agir en amont pour réduire la probabilité qu'un événement indésirable se produise, ou pour en limiter les conséquences.
- Exemples individuels : Manger sainement, faire du sport, installer des alarmes anti-incendie.
- Exemples collectifs : Campagnes de vaccination, contrôles techniques obligatoires des véhicules, normes de sécurité au travail.
- La prévention est souvent le moyen le plus efficace et le moins coûteux de gérer un risque.
- Mutualisation : C'est le principe fondamental de l'assurance. Un grand nombre d'individus acceptent de mettre en commun une petite contribution (prime d'assurance) pour indemniser ceux qui subiront un sinistre. Le risque est réparti sur une collectivité.
- Exemple : Tous les assurés paient une prime, mais seuls ceux qui ont un accident sont indemnisés.
- Assurance : C'est un mécanisme contractuel par lequel un individu (l'assuré) transfère un risque à une compagnie d'assurance (l'assureur) en échange du paiement d'une prime. L'assureur s'engage à verser une prestation (indemnisation) en cas de réalisation du risque couvert. L'assurance peut être privée ou sociale.
- Solidarité : C'est un principe plus large que la mutualisation. Il implique une aide mutuelle entre les membres d'une communauté, souvent basée sur des critères de besoin plutôt que sur une contribution proportionnelle au risque.
- En protection sociale, la solidarité se manifeste par le fait que les bien portants cotisent pour les malades, les actifs pour les retraités, les plus riches pour les plus pauvres. Elle vise la cohésion sociale et la réduction des inégalités.


