Qu'est-ce qu'un risque social et comment le définir ?
Définition et typologie des risques sociaux
En sciences économiques et sociales, un risque social désigne un événement incertain dont la réalisation est susceptible d'affecter le bien-être d'un individu ou d'un groupe, en entraînant une perte de revenus, une augmentation des dépenses ou une dégradation des conditions de vie. Il se distingue d'un risque "naturel" par le fait qu'il est souvent lié aux structures sociales et économiques de nos sociétés.
Un risque social est caractérisé par deux éléments clés :
- L'aléa : C'est l'événement incertain lui-même (maladie, accident, chômage, vieillesse, etc.). Sa réalisation est imprévisible pour l'individu, mais peut être statistiquement anticipée à l'échelle d'une population.
- La vulnérabilité : C'est la situation d'une personne ou d'un groupe qui le rend particulièrement exposé aux conséquences négatives de la réalisation de l'aléa. Par exemple, une personne sans économies est plus vulnérable face au chômage qu'une personne ayant des réserves financières.
On peut établir une typologie des risques sociaux selon différentes catégories :
- Risques liés à la vie professionnelle : chômage, accidents du travail, maladies professionnelles.
- Risques liés à la santé : maladie, invalidité, maternité.
- Risques liés à la vieillesse : perte d'autonomie, diminution des revenus après la cessation d'activité.
- Risques liés à la famille : charges de famille (enfants), veuvage.
- Risques liés à l'existence : pauvreté, exclusion sociale, logement.
Ces risques sont "sociaux" car leurs conséquences dépassent l'individu et peuvent affecter la cohésion de la société.
L'évolution historique de la perception des risques
La manière dont les sociétés perçoivent et gèrent les risques a considérablement évolué au fil du temps.
Traditionnellement, dans les sociétés préindustrielles, les risques traditionnels (famine, épidémies, guerres, catastrophes naturelles) étaient perçus comme des fatalités, souvent attribuées à des forces divines ou à la nature. La protection reposait alors principalement sur la solidarité familiale, communautaire et religieuse.
Avec l'industrialisation et l'urbanisation, de nouveaux risques apparaissent : accidents du travail, chômage de masse, maladies liées aux conditions de vie insalubres. La perception évolue : on commence à les considérer comme des problèmes sociaux nécessitant une réponse collective. C'est l'émergence des risques modernes.
Le sociologue Ulrich Beck a développé le concept de société du risque. Selon lui, nos sociétés contemporaines ne sont plus seulement axées sur la production de richesses, mais aussi sur la production et la gestion des risques qu'elles génèrent elles-mêmes (risques technologiques, environnementaux, financiers, etc.). Dans cette perspective, les risques sont le produit de nos choix technologiques et économiques, et non plus seulement des forces externes.
La construction sociale du risque est également un concept important. Cela signifie que la perception, la définition et la hiérarchisation des risques ne sont pas objectives, mais sont influencées par des facteurs culturels, politiques, économiques et médiatiques. Ce qui est considéré comme un risque majeur dans une société peut l'être moins dans une autre, ou à une autre époque.
Les conséquences économiques et sociales des risques
La réalisation d'un risque social entraîne des conséquences importantes, tant au niveau individuel que collectif, avec des répercussions économiques et sociales.
Sur le plan économique, on distingue :
- Le coût direct : Ce sont les dépenses directement liées à la réalisation du risque. Par exemple, pour la maladie, cela inclut les frais médicaux, les médicaments, les hospitalisations. Pour le chômage, c'est la perte de salaire.
- Le coût indirect : Ce sont les pertes de production pour l'économie dues à l'absence de travail, la baisse de consommation, ou encore les coûts liés à la mise en place de dispositifs de gestion des risques (par exemple, les coûts administratifs de Pôle emploi).
Sur le plan social, les conséquences sont également importantes :
- Inégalités face aux risques : Les risques sociaux ne touchent pas tous les individus de la même manière. Les populations les plus précaires (revenus faibles, peu qualifiées, isolées) sont souvent plus exposées aux risques et moins bien armées pour y faire face. Par exemple, un ouvrier du bâtiment est plus exposé aux accidents du travail qu'un cadre de bureau.
- Exclusion sociale : La réalisation d'un risque (chômage de longue durée, maladie chronique, handicap) peut entraîner un processus de désocialisation, de marginalisation et d'isolement, conduisant à l'exclusion sociale. L'individu peut perdre ses repères, son statut social, et ses liens avec la société.
- Dégradation de la santé mentale : Le stress, l'anxiété liés à l'incertitude ou à la réalisation d'un risque peuvent avoir des conséquences psychologiques importantes.
- Baisse du niveau de vie et pauvreté : La perte de revenus consécutive à un risque peut faire basculer des ménages dans la pauvreté.
La gestion efficace des risques sociaux est donc cruciale pour maintenir la cohésion sociale et réduire les inégalités.


