Les limites de la physique classique
Le rayonnement du corps noir
Un corps noir est un objet idéal qui absorbe tout le rayonnement électromagnétique qu'il reçoit, sans en réfléchir. Il émet un rayonnement thermique dont la distribution spectrale (l'intensité du rayonnement en fonction de la longueur d'onde ou de la fréquence) dépend uniquement de sa température.
Problème de la physique classique : Les prédictions de la physique classique, basées sur les lois de la thermodynamique et de l'électromagnétisme, ne correspondaient pas aux observations expérimentales du rayonnement du corps noir. En particulier, la loi de Rayleigh-Jeans prédisait que l'intensité du rayonnement devait augmenter indéfiniment avec la fréquence (diminuer avec la longueur d'onde), ce qui impliquait une émission d'énergie infinie dans le domaine ultraviolet. C'est ce qu'on a appelé la catastrophe ultraviolette.
Solution de Planck (1900) : Max Planck a résolu ce problème en postulant une idée révolutionnaire : l'énergie n'est pas émise ou absorbée de manière continue, mais par paquets discrets, qu'il a appelés quanta.
- L'énergie d'un quantum est proportionnelle à la fréquence du rayonnement :
- Où est l'énergie, est la fréquence et est la constante de Planck (). Cette hypothèse de la quantification de l'énergie a permis de reproduire parfaitement la courbe expérimentale du rayonnement du corps noir. C'est la pierre angulaire de la physique quantique.
L'effet photoélectrique
L'effet photoélectrique est l'émission d'électrons par un matériau (généralement un métal) lorsqu'il est exposé à un rayonnement électromagnétique (lumière).
Observations expérimentales inexpliquées par la physique classique :
- Existence d'un seuil de fréquence : L'émission d'électrons ne se produit que si la fréquence du rayonnement incident est supérieure à une certaine valeur minimale, appelée fréquence de seuil (), propre à chaque matériau. Si , aucun électron n'est émis, quelle que soit l'intensité de la lumière.
- Énergie cinétique des électrons : L'énergie cinétique maximale des électrons émis dépend de la fréquence de la lumière, et non de son intensité.
- Délai d'émission : L'émission des électrons est quasi instantanée, même pour des intensités lumineuses très faibles, tant que la fréquence est suffisante. La physique classique prévoyait un certain délai pour que les électrons accumulent suffisamment d'énergie.
Explication par Einstein (1905) : Albert Einstein a repris l'idée de Planck et l'a appliquée à la lumière elle-même. Il a proposé que la lumière est composée de particules discrètes d'énergie, les quanta de lumière ou photons.
- Chaque photon a une énergie .
- Pour qu'un électron soit émis, il doit absorber un photon dont l'énergie est suffisante pour le libérer du matériau. Cette énergie minimale pour s'échapper est appelée travail d'extraction ( ou ).
- L'énergie cinétique maximale des électrons émis est donnée par l'équation d'Einstein : .
- Si , aucune émission n'a lieu, d'où l'existence du seuil de fréquence.
- L'intensité lumineuse est proportionnelle au nombre de photons, pas à leur énergie. Une intensité plus grande signifie plus de photons, donc plus d'électrons émis (si la fréquence est suffisante), mais pas des électrons plus énergétiques.
Le modèle atomique de Rutherford
Ernest Rutherford, en 1911, a proposé un modèle atomique suite à son expérience de diffusion des particules alpha sur une feuille d'or.
Description du modèle :
- L'atome est constitué d'un noyau central, très petit et chargé positivement, qui concentre presque toute la masse de l'atome.
- Des électrons, chargés négativement et de masse négligeable, orbitent autour du noyau, un peu comme des planètes autour du Soleil. L'atome est principalement vide.
Limites du modèle de Rutherford (incompatibilité avec la physique classique) :
- Stabilité de l'atome : Selon l'électromagnétisme classique, un électron en orbite est une charge accélérée. Une charge accélérée doit rayonner de l'énergie sous forme d'ondes électromagnétiques. En perdant de l'énergie, l'électron devrait spirale rapidement vers le noyau et s'y effondrer. Les atomes ne seraient pas stables, ce qui contredit l'observation.
- Spectres atomiques : Si les électrons pouvaient orbiter à n'importe quel rayon et avec n'importe quelle énergie, ils émettraient un spectre continu de lumière en perdant de l'énergie. Or, les atomes émettent et absorbent de la lumière à des fréquences très spécifiques, formant des spectres de raies discrètes (chaque élément chimique a son propre "code-barres" spectral). Ce phénomène était totalement inexplicable par le modèle de Rutherford.
Ces échecs ont clairement montré la nécessité d'une nouvelle physique pour décrire le monde microscopique.


