I. La mise en place et l'enracinement du régime républicain
A. Les débuts difficiles de la République (1870-1879)
La Troisième République voit le jour dans un contexte de crise profonde pour la France. En 1870, l'Empire de Napoléon III s'effondre suite à la défaite catastrophique de Sedan face à la Prusse. C'est la chute du Second Empire. Le 4 septembre 1870, la République est proclamée, mais le pays est en guerre. La Guerre franco-prussienne (1870-1871) se poursuit, et la France subit une défaite cuisante, conduisant à la perte de l'Alsace-Lorraine et au paiement d'une lourde indemnité de guerre.
Dans ce climat de défaite et d'humiliation, Paris connaît un soulèvement populaire majeur : la Commune de Paris (mars-mai 1871). C'est une période insurrectionnelle où le peuple parisien, refusant l'armistice et méfiant envers le gouvernement provisoire, met en place un régime autonome aux accents sociaux et révolutionnaires. La répression par le gouvernement d'Adolphe Thiers est d'une violence extrême, connue sous le nom de « Semaine sanglante », faisant des milliers de morts et laissant des cicatrices profondes dans la société française.
Après la Commune, le régime républicain est encore fragile. La majorité de l'Assemblée nationale est monarchiste et tente de restaurer une monarchie. Cependant, les divisions entre légitimistes (partisans des Bourbons) et orléanistes (partisans de la branche cadette des Bourbons) empêchent l'accord sur un prétendant. Cette période est marquée par l'Ordre moral (1873-1877), une politique conservatrice menée par le président Mac Mahon, visant à restaurer les valeurs traditionnelles de la religion et de la famille et à lutter contre les idées républicaines perçues comme subversives. L'objectif était de "réorganiser le pays moralement" après les traumatismes de la guerre et de la Commune.
B. L'affirmation des institutions républicaines
Malgré les tentatives de restauration monarchique, la République parvient à s'imposer. Les Lois constitutionnelles de 1875 sont adoptées, organisant les pouvoirs publics et jetant les bases institutionnelles de la Troisième République. Elles établissent un régime parlementaire, avec un Président de la République au rôle important mais qui doit composer avec un Parlement bicaméral (Assemblée nationale et Sénat). Ces lois sont un compromis, et leur caractère républicain n'est pas pleinement assumé au départ.
La Crise du 16 mai 1877 est un moment clé. Le président Mac Mahon, monarchiste, entre en conflit avec la Chambre des députés à majorité républicaine. Il dissout la Chambre, espérant une nouvelle majorité conservatrice. Cependant, les élections législatives qui suivent sont une victoire des républicains, menés par Gambetta. Mac Mahon doit s'incliner et finit par démissionner en 1879. Cette victoire marque l'enracinement définitif de la République en France et la prééminence du pouvoir législatif sur le pouvoir exécutif.
Avec l'arrivée au pouvoir des républicains, la République s'affirme et se dote de symboles républicains forts pour construire une identité nationale autour de ses valeurs :
- La Marseillaise devient l'hymne national en 1879.
- Le 14 juillet (prise de la Bastille) est choisi comme fête nationale en 1880.
- Marianne, allégorie de la République, se généralise dans les mairies et les écoles.
- La devise "Liberté, Égalité, Fraternité" est inscrite sur les bâtiments publics.
C. Les grandes lois fondatrices de la République
Les républicains, une fois au pouvoir, mettent en œuvre un vaste programme de réformes visant à consolider le régime et à ancrer ses valeurs dans la société. Ces lois sont le pilier de la démocratisation de la société française.
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Les lois sur les libertés publiques :
- Liberté de la presse (1881) : permet une grande liberté d'expression et de critique, essentielle au débat démocratique.
- Liberté de réunion (1881) : autorise les rassemblements publics sans autorisation préalable.
- Liberté d'association (1901) : permet la création d'organisations syndicales, politiques ou culturelles, renforçant la société civile.
- Liberté syndicale (1884) : autorise la création de syndicats professionnels.
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Les lois scolaires de Jules Ferry (ministre de l'Instruction publique) :
- Loi du 16 juin 1881 : institue la gratuité de l'enseignement primaire public.
- Loi du 28 mars 1882 : rend l'école primaire obligatoire pour les enfants de 6 à 13 ans et laïcise les programmes (retrait de l'enseignement religieux). Ces lois visent à former des citoyens éclairés et attachés aux valeurs républicaines, en retirant l'éducation du contrôle de l'Église. L'école devient le creuset de la nation.
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Le service militaire universel (loi de 1889) : Il instaure un service militaire obligatoire et personnel pour tous les hommes, sans tirage au sort ni possibilité de remplacement. Sa durée est de trois ans. Cette mesure renforce l'idée de "nation en armes" et de cohésion nationale, mais aussi prépare la revanche contre l'Allemagne.
Ces lois fondatrices transforment profondément la société française, jetant les bases d'une démocratie libérale et laïque.


