L'enracinement de la République et ses valeurs
La fondation de la Troisième République
La défaite de 1870 face à la Prusse est un choc national qui entraîne la chute de l'Empire de Napoléon III. Dans le chaos qui suit, la République est proclamée le 4 septembre 1870. Cependant, les débuts sont difficiles. Le gouvernement provisoire signe l'armistice, ce qui provoque la colère d'une partie de la population parisienne.
La Commune de Paris (mars-mai 1871) est une insurrection populaire et un gouvernement révolutionnaire qui s'oppose au gouvernement conservateur d'Adolphe Thiers, installé à Versailles. Réprimée dans le sang lors de la "Semaine sanglante", elle laissera des cicatrices profondes dans la société française. Cet événement montre la fragilité de la jeune République et la division du pays.
Malgré ces débuts tumultueux, la République se dote progressivement d'un cadre légal. Les Lois constitutionnelles de 1875 organisent les pouvoirs publics : un Parlement bicaméral (Assemblée nationale et Sénat), un Président de la République au pouvoir limité, et un gouvernement responsable devant le Parlement. Ces lois sont un compromis entre monarchistes et républicains, mais elles penchent finalement en faveur du régime parlementaire.
La crise du 16 mai 1877 est un moment clé. Le Président monarchiste Mac Mahon tente de dissoudre la Chambre des députés à majorité républicaine. Les élections qui suivent confirment la victoire des républicains. Mac Mahon doit se soumettre et finit par démissionner. Cette crise marque la victoire définitive du régime parlementaire et l'affirmation de la République face aux tentatives de restauration monarchique. C'est le début de l'enracinement républicain.
Les grands principes républicains
Pour asseoir sa légitimité, la République va mettre en place un ensemble de principes et de lois qui façonnent la société française moderne.
Les libertés fondamentales sont au cœur du projet républicain. Elles sont progressivement garanties par des lois emblématiques :
- La loi sur la liberté de la presse (1881) supprime la censure et permet l'émergence d'une presse diversifiée et influente.
- La loi sur la liberté de réunion (1881) autorise les rassemblements publics sans autorisation préalable.
- La loi sur la liberté d'association (1901) permet la création de syndicats (dès 1884), d'associations politiques, culturelles, sportives, etc., et joue un rôle majeur dans l'organisation de la société civile.
La laïcité est un autre pilier fondamental. Au départ, elle se manifeste par les lois Ferry (1881-1882) qui rendent l'école primaire gratuite, obligatoire et laïque. L'objectif est de soustraire l'éducation à l'influence de l'Église et de former des citoyens républicains. Le point culminant est la loi de séparation des Églises et de l'État du 9 décembre 1905. Cette loi établit la neutralité religieuse de l'État, garantit la liberté de conscience et de culte, mais met fin au financement public des cultes et nationalise les biens ecclésiastiques. Elle provoque de vives tensions, notamment avec l'Église catholique, mais est aujourd'hui considérée comme un fondement de la République française.
L'éducation républicaine est un projet ambitieux visant à former des citoyens éclairés et attachés à la République. L'école joue un rôle crucial dans l'apprentissage de la lecture, de l'écriture, de l'histoire nationale et des valeurs civiques. Le service militaire universel et obligatoire (loi de 1872, puis 1889 et 1905) contribue également à forger une identité nationale et républicaine. Il mélange les jeunes de toutes les couches sociales et de toutes les régions, renforçant le sentiment d'appartenance à la nation.
Les symboles et rituels républicains
Pour créer un sentiment d'unité nationale et d'adhésion au régime, la République s'appuie sur des symboles forts et des rituels partagés.
- Marianne, allégorie féminine de la République, est représentée dans les mairies, sur les timbres, les pièces de monnaie. Elle incarne la Liberté et la Raison.
- La Marseillaise, chant révolutionnaire, est adoptée comme hymne national en 1879.
- Le 14 Juillet, date anniversaire de la prise de la Bastille en 1789 et de la Fête de la Fédération en 1790, devient la fête nationale en 1880. C'est l'occasion de défilés militaires, de bals populaires et de feux d'artifice, célébrant l'unité de la nation.
- La Panthéonisation des grands hommes (Victor Hugo en 1885, Sadi Carnot en 1894, Émile Zola en 1908...) est une manière d'honorer les figures marquantes de la nation et de les inscrire dans le patrimoine républicain, célébrant les valeurs qu'elles ont incarnées.
- Les monuments aux morts, qui se multiplieront après la Première Guerre mondiale, commencent à apparaître dès cette période pour commémorer les soldats tombés pour la patrie, renforçant le culte du souvenir et de l'unité nationale.
Ces symboles et rituels contribuent à forger une culture républicaine commune et à enraciner la République dans les esprits et les cœurs des Français.


