Les origines de la Révolution française
La société d'Ancien Régime et ses inégalités
Avant 1789, la France est organisée en une société d'ordres (ou société d'Ancien Régime) rigide. Cela signifie que la population est divisée en trois catégories, appelées "ordres", chacun ayant des droits et des devoirs différents :
- Le Clergé (environ 0,5% de la population) : Il regroupe les religieux. Il ne paie pas d'impôts et reçoit la dîme (un impôt payé à l'Église).
- La Noblesse (environ 1,5% de la population) : Elle est composée des seigneurs et des familles nobles. Elle possède la majorité des terres, ne paie pas certains impôts et bénéficie de nombreux privilèges (droits exclusifs), comme la chasse ou la justice seigneuriale.
- Le Tiers état (environ 98% de la population) : C'est le reste de la population, des paysans aux bourgeois (commerçants, artisans, hommes de loi). Il supporte l'essentiel des impôts et n'a presque aucun privilège. C'est l'ordre le plus nombreux, mais le moins puissant.
Cette structure est profondément inégalitaire et génère un fort mécontentement, surtout au sein du Tiers état qui se sent écrasé par les impôts et l'absence de droits. Les privilèges accordés aux deux premiers ordres sont une source majeure de frustration.
La crise économique et financière
Dans les années précédant la Révolution, la France traverse une grave crise.
- Crise financière : L'État est lourdement endetté, notamment à cause des dépenses de la cour et des guerres coûteuses (comme la guerre d'indépendance américaine). Le déficit budgétaire (les dépenses sont supérieures aux recettes) est chronique. Les tentatives de réforme pour faire payer des impôts aux privilégiés échouent face à leur opposition.
- Crise économique et agricole : De mauvaises récoltes successives (particulièrement en 1788) entraînent une augmentation du prix du pain. Cela frappe durement les classes populaires, qui consacrent une grande partie de leurs revenus à l'alimentation. La misère et la disette se répandent.
- Crise sociale : Le chômage augmente en ville, et la pauvreté touche une grande partie de la population, exacerbant les tensions sociales.
La combinaison de la dette de l'État et de la misère du peuple crée un climat explosif.
Les idées des Lumières
Au XVIIIe siècle, des philosophes comme Voltaire, Rousseau et Montesquieu développent de nouvelles idées qui critiquent l'absolutisme royal et la société d'ordres. Leurs principales idées sont :
- La souveraineté populaire : Le pouvoir doit appartenir à la nation, au peuple, et non au roi par droit divin.
- La séparation des pouvoirs : Pour éviter la tyrannie, les pouvoirs législatif (faire les lois), exécutif (appliquer les lois) et judiciaire (juger) doivent être séparés et confiés à des institutions différentes.
- La liberté et l'égalité : Tous les hommes naissent libres et égaux en droits. Ils doivent avoir la liberté d'expression, de religion et être égaux devant la loi.
- La raison : La raison doit guider les décisions et la société, et non la tradition ou la religion.
Ces idées se diffusent dans les salons et les cafés, remettant en question les fondements de l'Ancien Régime. Elles fournissent un cadre intellectuel et des arguments pour critiquer le système existant.
La convocation des États généraux
Face à la crise, le roi Louis XVI se résout à convoquer les États généraux en mai 1789. Il s'agit d'une assemblée des représentants des trois ordres, qui n'avait pas été réunie depuis 1614.
- Cahiers de doléances : Avant la réunion, les Français sont invités à rédiger des cahiers de doléances pour exprimer leurs plaintes et leurs souhaits. Ces cahiers montrent un désir général de réformes, mais aussi des divergences entre les ordres. Le Tiers état réclame notamment l'égalité fiscale et la fin des privilèges.
- Le problème du vote : Traditionnellement, le vote se fait par ordre (un ordre = une voix), ce qui désavantage le Tiers état (toujours 2 voix contre 1). Le Tiers état réclame le vote par tête (un député = une voix) car il représente beaucoup plus de monde. Le roi refuse.
- Le Serment du Jeu de paume : Le 20 juin 1789, les députés du Tiers état (rejoints par quelques nobles et clercs) se proclament "Assemblée nationale" et jurent de ne pas se séparer avant d'avoir donné une Constitution à la France. C'est le Serment du Jeu de paume, un acte fondateur de la Révolution. Cet événement marque la transformation des États généraux en une assemblée constituante, affirmant la souveraineté de la nation face au roi.


