La crise des années 1930 et ses conséquences politiques
La Grande Dépression et ses origines
La décennie 1930 est marquée par une crise économique mondiale d'une ampleur inédite, partie des États-Unis.
Le Krach boursier de 1929 : le point de départ Le 24 octobre 1929, surnommé le « Jeudi noir », la Bourse de New York (Wall Street) s'effondre. Des millions d'actions perdent brutalement leur valeur. Ce krach est le symptôme d'une surproduction industrielle : les entreprises ont produit plus de biens que ce que les consommateurs pouvaient acheter, entraînant une chute des prix et des invendus.
La propagation de la crise : un effet domino
- Crise bancaire et financière : Les banques, ayant massivement prêté de l'argent pour l'achat d'actions ou à des entreprises en difficulté, se retrouvent ruinées. Elles rappellent leurs prêts à l'étranger, notamment en Europe, ce qui internationalise la crise.
- Crise économique et sociale : Les entreprises, ne pouvant plus emprunter et confrontées à la baisse de la consommation, réduisent leur production, licencient. C'est l'apparition du chômage de masse, qui touche des millions de personnes aux États-Unis, puis en Europe. La pauvreté explose, le pouvoir d'achat s'effondre.
- Crise agricole : Les prix des produits agricoles chutent également, ruinant les agriculteurs.
En résumé, la Grande Dépression est une crise globale (financière, économique, sociale) qui a des répercussions mondiales en raison de l'interdépendance des économies.
Les réponses des démocraties face à la crise
Face à l'ampleur de la crise, les démocraties cherchent des solutions, souvent différentes et parfois tardives.
Les politiques déflationnistes : une première approche inefficace Au début, de nombreux gouvernements démocratiques adoptent des politiques déflationnistes. L'idée est de réduire les dépenses publiques, les salaires et les prix pour relancer la compétitivité. Cependant, ces mesures aggravent souvent la crise en réduisant encore la consommation et en augmentant le chômage. C'est le cas par exemple au Royaume-Uni ou en Allemagne avant l'arrivée d'Hitler.
Le New Deal aux États-Unis : une rupture Aux États-Unis, l'élection de Franklin D. Roosevelt en 1932 marque un tournant. Son programme, le New Deal (nouvelle donne), rompt avec le libéralisme classique. Il repose sur :
- L'intervention de l'État dans l'économie (grands travaux, soutien aux entreprises).
- Des réformes sociales (droit syndical, sécurité sociale, salaire minimum).
- La régulation du système bancaire et financier. Le New Deal permet de réduire le chômage et de restaurer la confiance, mais ne met pas fin complètement à la crise.
Le Front Populaire en France : une réponse sociale En France, la crise arrive plus tardivement mais provoque une forte instabilité politique. En 1936, une coalition de partis de gauche, le Front Populaire, remporte les élections. Dirigé par Léon Blum, il met en place des réformes sociales majeures :
- Les Accords de Matignon (augmentations de salaires, reconnaissance du droit syndical).
- L'instauration des congés payés et de la semaine de 40 heures. Ces mesures améliorent les conditions de vie des travailleurs mais ne parviennent pas à relancer durablement l'économie.
La montée des extrêmes : une menace pour la démocratie Partout en Europe, la crise économique et sociale fragilise les démocraties et favorise la montée des extrêmes, qu'ils soient fascistes (Italie, Allemagne) ou communistes. Ces mouvements proposent des solutions radicales et dénoncent l'impuissance des régimes parlementaires.
Fragilisation des régimes démocratiques
La Grande Dépression met à rude épreuve les systèmes démocratiques, révélant leurs faiblesses.
Instabilité gouvernementale et crise de confiance Dans de nombreux pays, la succession rapide des gouvernements (en France, 17 gouvernements entre 1929 et 1936) témoigne d'une instabilité gouvernementale. L'incapacité des dirigeants à résoudre la crise engendre une crise de confiance profonde de la population envers les institutions démocratiques et leurs représentants.
L'antiparlementarisme et la remise en cause du système Cette défiance se traduit par un fort antiparlementarisme. Les parlements sont accusés d'inefficacité, de corruption et d'être déconnectés des réalités populaires. Des mouvements critiquent ouvertement le système démocratique, jugé trop lent et inadapté pour faire face à l'urgence.
Les Ligues d'extrême droite : une menace intérieure En France, par exemple, des Ligues d'extrême droite (Croix de Feu, Action Française) gagnent en influence. Elles organisent des manifestations violentes, comme celle du 6 février 1934 à Paris, qui ébranle la République. Elles prônent un régime autoritaire, nationaliste et souvent antisémite, s'inspirant des régimes totalitaires qui émergent ailleurs en Europe. Ces mouvements sapent les fondements de la démocratie de l'intérieur.


