I. Les traités de paix et la nouvelle carte de l'Europe
A. La Conférence de Paris et les principes wilsoniens
La Conférence de la Paix s'ouvre à Paris en janvier 1919. Elle réunit principalement les quatre grandes puissances victorieuses : les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et l'Italie. Les pays vaincus (Allemagne, Autriche-Hongrie, Empire ottoman, Bulgarie) sont exclus des négociations et ne feront que signer les traités finaux.
Le président américain Woodrow Wilson joue un rôle central. Dès janvier 1918, il a énoncé ses Quatorze Points de Wilson, un programme pour une paix juste et durable. Ses idées principales sont :
- Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes : chaque peuple doit pouvoir choisir son gouvernement et son destin. Cela signifie la fin des empires multinationaux et la création de nouveaux États-nations.
- La diplomatie ouverte, sans traités secrets.
- La liberté de navigation et du commerce.
- La réduction des armements.
- La création d'une Société des Nations (SDN) pour garantir la paix collective.
Les principes wilsoniens visent à établir une paix fondée sur le droit et la coopération, et non sur la vengeance. Cependant, les autres puissances victorieuses, notamment la France de Clemenceau, ont des préoccupations différentes, cherchant à garantir leur sécurité et à obtenir des réparations.
B. Le Traité de Versailles et ses conséquences pour l'Allemagne
Le plus important des traités est le Traité de Versailles, signé le 28 juin 1919, dans la Galerie des Glaces du château de Versailles, avec l'Allemagne. Pour les Allemands, ce traité est vécu comme un Diktat (un "dictat" ou "ordre imposé"), car ils n'ont pas participé à son élaboration.
Ses principales clauses sont :
- Clauses territoriales :
- L'Allemagne perd 15% de son territoire et 10% de sa population.
- L'Alsace-Lorraine est rendue à la France.
- Des territoires sont cédés à la Belgique, au Danemark et à la nouvelle Pologne.
- La Sarre est placée sous administration de la SDN et ses mines sont attribuées à la France pour 15 ans.
- La rive gauche du Rhin est démilitarisée et occupée par les Alliés pendant 15 ans, la rive droite l'est aussi sur 50 km.
- Toutes les colonies allemandes sont perdues et partagées entre les vainqueurs (mandats de la SDN).
- Clauses militaires :
- L'armée allemande est limitée à 100 000 hommes, sans chars, aviation ni sous-marins.
- Le service militaire est interdit.
- L'état-major est dissous.
- Clauses économiques et financières :
- L'Allemagne est déclarée seule responsable de la guerre (article 231, la "clause de culpabilité").
- Elle doit payer d'énormes réparations de guerre aux Alliés pour les dommages causés. Le montant final est fixé en 1921 à 132 milliards de marks-or.
Ces conditions sont perçues comme très dures par l'Allemagne et nourrissent un profond sentiment de frustration et de revanche, qui aura des conséquences dramatiques par la suite.
C. Les autres traités et la redéfinition des frontières
Outre Versailles, quatre autres traités sont signés avec les autres puissances centrales vaincues :
- Traité de Saint-Germain-en-Laye (septembre 1919) avec l'Autriche.
- Traité de Neuilly (novembre 1919) avec la Bulgarie.
- Traité du Trianon (juin 1920) avec la Hongrie.
- Traité de Sèvres (août 1920) avec l'Empire ottoman (révisé ensuite par le Traité de Lausanne en 1923 avec la Turquie).
Ces traités ont pour conséquence le démantèlement des empires centraux :
- L'Empire austro-hongrois disparaît, donnant naissance à l'Autriche et la Hongrie, et à de nouveaux États comme la Tchécoslovaquie et la Yougoslavie.
- L'Empire ottoman est démantelé, ne laissant qu'une Turquie réduite à l'Anatolie. Ses territoires du Moyen-Orient sont confiés sous forme de mandats à la France (Syrie, Liban) et au Royaume-Uni (Palestine, Transjordanie, Irak).
- La Pologne est recréée et retrouve son accès à la mer (le "couloir de Dantzig").
- La Roumanie et l'Italie s'agrandissent.
Cette création de nouveaux États basés sur le principe des nationalités est censée stabiliser l'Europe. Cependant, elle conduit aussi à la formation de nombreuses minorités nationales (Allemands en Tchécoslovaquie, Hongrois en Roumanie, etc.) qui seront sources de tensions futures. La nouvelle carte de l'Europe est un compromis imparfait entre les principes wilsoniens et les intérêts des vainqueurs.


