I. Le choc pétrolier et la fin des Trente Glorieuses
A. Les origines et les conséquences des chocs pétroliers
Les chocs pétroliers des années 1970 ont marqué un tournant. Ils sont le résultat d'une conjonction de facteurs géopolitiques et économiques.
Origines:
- OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole): Fondée en 1960, l'OPEP regroupe les principaux pays producteurs de pétrole. Historiquement, elle a eu un rôle limité face aux grandes compagnies pétrolières occidentales. Cependant, dans les années 1970, les pays membres ont cherché à reprendre le contrôle de leurs ressources.
- Guerre du Kippour (octobre 1973): Ce conflit entre Israël et une coalition de pays arabes (Égypte et Syrie) a servi de catalyseur. En réponse au soutien occidental (notamment américain) à Israël, les pays arabes de l'OPEP ont décidé d'utiliser le pétrole comme arme politique.
- Augmentation du prix du baril: En quelques mois, le prix du baril de pétrole a été multiplié par quatre en 1973-1974, puis par trois en 1979-1980 (suite à la Révolution iranienne). Cette hausse spectaculaire a eu des répercussions mondiales.
Conséquences:
- Inflation: L'augmentation du coût de l'énergie s'est répercutée sur tous les prix, entraînant une forte inflation. Les entreprises ont vu leurs coûts de production augmenter, et le pouvoir d'achat des ménages a diminué.
- Ralentissement économique: La hausse des coûts et la baisse de la demande ont freiné la production et l'investissement.
- Déséquilibre des balances commerciales: Les pays importateurs de pétrole ont vu leurs dépenses en énergie exploser, créant d'importants déficits commerciaux.
- Fin des Trente Glorieuses: Ces chocs ont mis un terme à la période de forte croissance et de quasi-plein emploi qui avait caractérisé l'après-guerre.
B. La remise en cause du modèle fordiste et keynésien
Les chocs pétroliers ont mis en évidence les limites des modèles économiques dominants de l'époque, le fordisme et le keynésianisme.
- Modèle fordiste: Basé sur la production de masse, la consommation de masse et le partage des gains de productivité (salaires élevés, protection sociale), il était très dépendant d'une énergie bon marché. La hausse du pétrole a rendu ce modèle moins rentable.
- Modèle keynésien: Ce modèle préconise l'intervention de l'État pour réguler l'économie, notamment par la relance de la demande en période de crise. Face aux chocs pétroliers, les politiques keynésiennes traditionnelles (augmentation des dépenses publiques) se sont heurtées à un nouveau phénomène : la stagflation.
Nouveaux phénomènes économiques:
- Stagflation: Une situation inédite combinant une stagnation économique (faible croissance, voire récession) et une forte inflation. Les outils keynésiens étaient inefficaces, car une relance aggraverait l'inflation, et une politique de rigueur aggraverait la stagnation. C'est le défi majeur des années 1970.
- Chômage de masse: Le ralentissement de l'activité économique et la restructuration des industries ont conduit à une augmentation spectaculaire et durable du chômage.
- Crise industrielle et désindustrialisation: De nombreuses industries traditionnelles (sidérurgie, textile, charbonnages) ont été touchées de plein fouet par la hausse des coûts de l'énergie et la concurrence internationale. Cela a entraîné des fermetures d'usines et un processus de désindustrialisation dans les pays développés, avec des conséquences sociales importantes.
C. Les réponses politiques et économiques initiales
Face à cette crise multidimensionnelle, les gouvernements ont tâtonné, alternant entre différentes approches.
- Politiques d'austérité: Initialement, certains pays ont opté pour des mesures de rigueur budgétaire pour lutter contre l'inflation et les déficits. Elles ont souvent eu pour effet d'aggraver le chômage.
- Relance budgétaire: D'autres ont tenté des politiques de relance, augmentant les dépenses publiques pour stimuler l'économie. L'exemple le plus notable est la France avec le gouvernement socialiste de 1981, qui a mis en place une relance keynésienne.
- Nationalisations: En France, l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 s'est traduite par d'importantes nationalisations d'industries et de banques, dans l'espoir de relancer l'économie et de mieux contrôler les secteurs stratégiques. Cependant, cette politique a rencontré des difficultés et a été rapidement suivie d'un "tournant de la rigueur" en 1983.
- Libéralisation progressive: Face à l'échec des politiques traditionnelles et à la persistance de la crise, une tendance à la libéralisation de l'économie a commencé à émerger. Cela impliquait une réduction de l'intervention de l'État, une déréglementation et une ouverture accrue aux marchés. Ce mouvement allait s'accentuer dans les années 1980.


