I. La France et la construction européenne : un engagement constant
A. La France, moteur de l'intégration européenne
Dès l'origine de la Communauté Économique Européenne (CEE), la France, aux côtés de l'Allemagne, a joué un rôle de premier plan.
- Rôle de la France dans la CEE/UE : La France a été un membre fondateur de la CEE en 1957. Son engagement visait à garantir la paix sur le continent, à stimuler son économie et à renforcer son poids face aux blocs de la Guerre Froide. Elle a toujours milité pour une Europe intégrée et politiquement forte.
- Couple franco-allemand : Ce partenariat est considéré comme le moteur de la construction européenne. Initié par Charles de Gaulle et Konrad Adenauer, puis renforcé par des figures comme Valéry Giscard d'Estaing et Helmut Schmidt, il a permis de surmonter les divergences et de lancer des projets majeurs (par exemple, l'euro). La relation est basée sur une convergence d'intérêts et une volonté politique forte de faire avancer l'Europe.
- Politique Agricole Commune (PAC) : La PAC, lancée en 1962, est un exemple emblématique de l'influence française. Elle visait à moderniser l'agriculture, à assurer la sécurité alimentaire et à garantir des revenus stables aux agriculteurs. La France, grande puissance agricole, a largement bénéficié de ce système, qui a longtemps constitué la part la plus importante du budget européen. Bien qu'elle ait évolué, la PAC reste un élément central de l'intégration européenne, avec des réformes successives tentant de la rendre plus écologique et équitable.
B. Les défis de l'élargissement et de l'approfondissement
L'Europe n'est pas restée statique ; elle a constamment évolué, posant de nouveaux défis à la France.
- Élargissements successifs : Après les six membres fondateurs, la CEE, puis l'UE, a connu plusieurs vagues d'élargissement :
- 1973 : Royaume-Uni, Irlande, Danemark.
- Années 1980 : Grèce, Espagne, Portugal (consolidation de la démocratie).
- 1995 : Autriche, Finlande, Suède.
- 2004, 2007, 2013 : Les pays d'Europe centrale et orientale (PECO) après la chute du Mur de Berlin, puis Malte, Chypre, Croatie. Ces élargissements ont renforcé la diversité de l'Union mais ont aussi soulevé des questions sur la gouvernance et la capacité d'intégration de nouveaux membres aux niveaux économique, social et politique.
- Traité de Maastricht : Signé en 1992, ce traité marque un tournant majeur. Il a transformé la CEE en Union Européenne (UE) et a jeté les bases de l'Union économique et monétaire (UEM), instituant la citoyenneté européenne et prévoyant une politique étrangère et de sécurité commune (PESC). La France a été un fervent défenseur de ce traité, y voyant un approfondissement nécessaire de l'intégration.
- Zone euro et ses enjeux : Créée en 1999 (pour les marchés financiers) et 2002 (pour les pièces et billets), la zone euro a mis en place une monnaie unique, l'euro (€). Pour la France, l'euro représente un levier de puissance économique et une garantie de stabilité financière. Cependant, il a aussi créé des enjeux :
- Perte de souveraineté monétaire : La Banque Centrale Européenne (BCE) gère la politique monétaire.
- Divergences économiques : Les économies des États membres ne convergent pas toujours, créant des déséquilibres (par exemple, la compétitivité de l'Allemagne face à la France ou aux pays du Sud).
- Crises financières : La crise de la dette souveraine des années 2010 a mis en lumière les fragilités de la zone euro sans réelle union budgétaire.
C. L'Europe face aux crises et la position française
L'UE a été confrontée à de nombreuses crises, testant sa résilience et la vision française de l'Europe.
- Crise de la dette souveraine (années 2010) : Face aux difficultés financières de pays comme la Grèce, l'Irlande, le Portugal, l'Espagne et Chypre, la France a milité pour une solidarité européenne renforcée. Elle a soutenu la mise en place de mécanismes de stabilité financière (FESF, MES) et a prôné une plus grande intégration budgétaire et économique pour éviter de futures crises.
- Brexit et ses conséquences : Le départ du Royaume-Uni de l'UE en 2020 a été un coup dur. La France a défendu une ligne ferme dans les négociations, insistant sur le respect des règles du marché unique. Le Brexit a relancé le débat sur l'avenir de l'UE, la France plaidant pour un renforcement de la souveraineté européenne et une plus grande autonomie stratégique.
- Défense européenne et souveraineté : Face aux menaces géopolitiques (Russie, terrorisme) et à la remise en question du rôle des États-Unis, la France est une fervente partisane d'une défense européenne plus autonome. L'objectif est de doter l'UE de capacités militaires propres et d'une capacité d'action indépendante, sans se substituer à l'OTAN mais en la complétant. Cela implique des investissements conjoints, une harmonisation des doctrines et une volonté politique partagée.


