Les origines et les premières étapes de la construction européenne (1945-1970)
Le contexte d'après-guerre et les motivations initiales
La fin de la Seconde Guerre mondiale laisse l'Europe dans un état de ruine et de profondes divisions. Les motivations pour une union sont multiples et puissantes :
- Reconstruction économique : Les pays européens ont besoin de se relever. Mettre en commun certaines ressources et marchés est perçu comme un moyen d'accélérer la reprise. Le Plan Marshall américain (1947) encourage d'ailleurs la coopération entre États européens.
- Volonté de paix : L'objectif primordial est d'empêcher un nouveau conflit sur le continent. L'idée est que des pays liés économiquement et institutionnellement auront moins de raisons de se faire la guerre. C'est la fameuse phrase de Robert Schuman : « L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d'abord une solidarité de fait. »
- Menace soviétique : L'émergence de la Guerre Froide et la division de l'Europe en deux blocs (Est et Ouest) poussent les pays d'Europe de l'Ouest à se regrouper face à la puissance de l'URSS. L'intégration européenne est aussi une manière de renforcer la démocratie libérale face au communisme.
- Idée d'une Europe unie : Au-delà des nécessités pratiques, il existe aussi un idéal européen, porté par des figures intellectuelles et politiques, qui rêvent d'une fédération ou d'une union des États européens.
Ces motivations convergent vers l'idée que seule une coopération étroite peut garantir la stabilité et la prospérité futures du continent.
Les pères fondateurs et les premières institutions
Plusieurs personnalités jouent un rôle crucial dans le lancement de la construction européenne, souvent appelées les "pères fondateurs".
- Jean Monnet (haut fonctionnaire français) et Robert Schuman (ministre des Affaires étrangères français) sont les architectes de la première étape concrète. La Déclaration Schuman du 9 mai 1950 (date célébrée aujourd'hui comme la Journée de l'Europe) propose de placer la production franco-allemande de charbon et d'acier sous une autorité commune.
- Cette proposition aboutit à la création de la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier) en 1951, par le Traité de Paris, regroupant la France, l'Allemagne de l'Ouest, l'Italie, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg (les "Six"). C'est une innovation majeure car elle transfère une partie de la souveraineté nationale à une institution supranationale.
- L'échec de la Communauté Européenne de Défense (CED) en 1954 montre les limites de l'intégration politique trop rapide. Les efforts se concentrent alors sur l'économie.
- En 1957, les Six signent les Traités de Rome, qui donnent naissance à deux nouvelles entités :
- La CEE (Communauté Économique Européenne), visant à créer un marché commun.
- L'Euratom (Communauté Européenne de l'Énergie Atomique), pour développer l'énergie nucléaire à des fins pacifiques.
Ces traités marquent une étape décisive, posant les fondations de ce qui deviendra l'Union Européenne.
Les objectifs initiaux : paix, prospérité et intégration économique
Les objectifs fixés par les pères fondateurs sont ambitieux et tournés vers l'avenir :
- Paix : L'intégration économique doit rendre la guerre entre les États membres "non seulement impensable, mais matériellement impossible" (Déclaration Schuman). La CECA, en contrôlant les ressources stratégiques de l'époque (charbon et acier), visait directement cet objectif.
- Prospérité : La création d'un marché commun est au cœur du projet. Il s'agit d'abolir les droits de douane et les obstacles à la libre circulation des marchandises, des personnes, des services et des capitaux entre les États membres. Cela doit stimuler la croissance économique et améliorer le niveau de vie.
- Intégration économique : Les traités prévoient la mise en place de politiques communes, dont la plus emblématique est la PAC (Politique Agricole Commune), créée en 1962. Elle vise à garantir la sécurité alimentaire, stabiliser les marchés et assurer un revenu équitable aux agriculteurs.
- Souveraineté partagée : L'originalité de la construction européenne réside dans le concept de supranationalité, où les États acceptent de transférer une partie de leur souveraineté à des institutions communes (comme la Commission européenne ou la Cour de Justice). C'est un pas au-delà de la simple coopération intergouvernementale.
Ces premières décennies sont marquées par une dynamique positive, malgré quelques tensions, et posent les bases d'une intégration de plus en plus poussée.


