L'Alternance et les Réformes Sociétales (1974-1981)
L'ère Giscardienne : Modernisation et Crise
L'arrivée de Valéry Giscard d'Estaing à la présidence en 1974, après la mort de Georges Pompidou, symbolise une volonté de rupture avec le gaullisme traditionnel et d'ouverture vers une société plus moderne et libérale. Son slogan, "le changement dans la continuité", reflète bien cette ambition.
- Modernisation de la société française : Giscard d'Estaing incarne une vision d'une France plus jeune, plus libre et plus ouverte sur le monde. Il cherche à "décrisper" la société française. Cela se traduit par des gestes symboliques (jouer de l'accordéon, inviter des éboueurs à l'Élysée) et des réformes majeures.
- Crise économique (chocs pétroliers) : Le mandat de Giscard est fortement marqué par les conséquences des chocs pétroliers de 1973 et 1979. Ces crises entraînent une hausse fulgurante du prix du pétrole, matière première essentielle, et déstabilisent l'économie mondiale.
- Conséquences en France : L'inflation explose, le chômage augmente de manière significative et la croissance économique ralentit drastiquement. La France entre dans une période de stagflation (stagnation économique + inflation).
- Le gouvernement met en place des plans d'austérité (plan Fourcade en 1974, plan Barre en 1976) pour tenter de maîtriser l'inflation et de réduire le déficit commercial.
- Réformes libérales : Face à la crise, le gouvernement de Raymond Barre, Premier ministre de 1976 à 1981, adopte une politique économique plus libérale.
- Libéralisation des prix : Dès 1978, les prix industriels sont libérés, une mesure audacieuse après des décennies de contrôle étatique.
- Soutien à l'entreprise : Des mesures sont prises pour alléger les charges des entreprises et favoriser l'investissement.
- Ces politiques visent à restaurer la compétitivité de l'économie française mais sont souvent impopulaires en raison de leurs conséquences sociales (chômage).
Les Grandes Réformes Sociétales
Au-delà de l'économie, la présidence de Giscard d'Estaing est surtout célèbre pour ses avancées sociétales majeures, qui transforment durablement la société française. Ces réformes témoignent d'une volonté de moderniser les mœurs et de répondre aux aspirations de la population, notamment celles issues de Mai 68.
- Loi Veil sur l'IVG (1975) : C'est la réforme la plus emblématique. Portée par Simone Veil, alors ministre de la Santé, cette loi légalise l'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG). Après des débats houleux et une forte opposition d'une partie de la droite et de l'Église, la loi est adoptée. Elle représente une avancée majeure pour les droits des femmes et la maîtrise de leur corps.
- Majorité à 18 ans (1974) : Dès le début de son mandat, Giscard abaisse l'âge de la majorité civile et électorale de 21 à 18 ans. Cette mesure est très populaire auprès de la jeunesse et leur donne plus de responsabilités civiques et juridiques.
- Divorce par consentement mutuel (1975) : Cette loi simplifie considérablement les procédures de divorce, permettant aux époux de se séparer sans avoir à prouver la faute de l'un ou de l'autre. Elle reflète une évolution des mentalités vis-à-vis du mariage et de la famille.
- Réformes de l'audiovisuel : En 1974, l'ORTF (Office de Radiodiffusion Télévision Française), monopole d'État, est démantelé et remplacé par sept sociétés autonomes (comme TF1, Antenne 2, FR3, Radio France). Cette réforme vise à introduire plus de pluralisme et de concurrence, mais reste sous le contrôle étroit de l'État.
Le Contexte International et Européen
La France de Giscard évolue dans un monde en mutation, marqué par la persistance de la Guerre Froide et la construction européenne.
- Guerre Froide : La confrontation Est-Ouest reste une constante. La France maintient sa position d'indépendance vis-à-vis des deux blocs, tout en réaffirmant son ancrage occidental. Les relations avec les États-Unis sont parfois tendues, notamment sur les questions monétaires.
- Construction européenne : Giscard d'Estaing est un fervent Européen. Il œuvre activement à la relance de la construction européenne, notamment avec le chancelier allemand Helmut Schmidt.
- Création du Conseil européen (1974) : Institutionnalisation des sommets des chefs d'État et de gouvernement, donnant une impulsion politique majeure à l'Europe.
- Élection du Parlement européen au suffrage universel direct (1979) : Une étape démocratique fondamentale pour l'intégration européenne.
- Mise en place du Système Monétaire Européen (SME) en 1979 : Il vise à stabiliser les monnaies européennes et préparer la future monnaie unique.
- Relations franco-allemandes : Le couple franco-allemand, incarné par Giscard et Schmidt, est le moteur de l'intégration européenne durant cette période. Leur entente personnelle et politique est cruciale.
- Nouveau désordre mondial : Outre la Guerre Froide, la France doit faire face à de nouvelles dynamiques internationales : montée en puissance des pays émergents, tensions au Moyen-Orient (révolution iranienne de 1979), et développement du tiers-mondisme. La France cherche à jouer un rôle de médiateur et de puissance moyenne influente.


