I. La Guerre Froide : un monde bipolaire (1947-1991)
A. L'émergence des deux blocs et la bipolarisation du monde
Après la Seconde Guerre mondiale, les anciens alliés se divisent rapidement. Les Conférences de Yalta (février 1945) et de Potsdam (juillet-août 1945) marquent les premières divergences concernant l'avenir de l'Europe et de l'Allemagne.
- Doctrine Truman (mars 1947) : Le président américain Harry Truman promet une aide économique et militaire aux pays menacés par le communisme (Grèce, Turquie). C'est une politique d'« endiguement » (containment) du communisme.
- Doctrine Jdanov (septembre 1947) : En réponse, Andreï Jdanov, idéologue soviétique, divise le monde en deux camps irréconciliables : les forces impérialistes (États-Unis) et antidémocratiques, et les forces anti-impérialistes et démocratiques (URSS).
- Le Rideau de fer, expression popularisée par Churchill en 1946, symbolise la division idéologique et physique de l'Europe en deux blocs.
- OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord) : Créée en 1949, c'est une alliance militaire défensive sous commandement américain, regroupant les États-Unis, le Canada et des pays d'Europe de l'Ouest.
- Pacte de Varsovie : Fondé en 1955, il s'agit de l'alliance militaire des pays du bloc de l'Est (URSS et ses satellites), en réponse à l'intégration de la RFA dans l'OTAN.
En résumé : Le monde se structure autour de deux superpuissances, chacune avec son idéologie, son modèle économique et ses alliances militaires. C'est la bipolarisation.
B. Les crises majeures de la Guerre Froide
Bien que directe, la confrontation entre les deux blocs a été évitée, plusieurs crises ont failli dégénérer en conflit mondial.
- Blocus de Berlin (1948-1949) : L'URSS bloque les accès terrestres à Berlin-Ouest pour protester contre la réforme monétaire dans les zones occidentales. Les Alliés organisent un pont aérien pour ravitailler la ville. Le blocus est levé après presque un an.
- Guerre de Corée (1950-1953) : La Corée, divisée après la Seconde Guerre mondiale, est le théâtre d'un conflit entre le Nord communiste (soutenu par la Chine et l'URSS) et le Sud pro-occidental (soutenu par l'ONU, principalement les États-Unis). C'est la première guerre chaude de la Guerre Froide.
- Crise des missiles de Cuba (octobre 1962) : L'URSS installe secrètement des missiles nucléaires à Cuba, menaçant directement les États-Unis. Kennedy impose un blocus naval. C'est le moment le plus critique de la Guerre Froide, le monde étant au bord d'une guerre nucléaire. Un accord est trouvé (retrait des missiles russes contre la promesse américaine de ne pas envahir Cuba et le retrait de missiles américains de Turquie).
- Guerre du Vietnam (1955-1975) : Les États-Unis s'engagent militairement pour soutenir le Sud-Vietnam contre le Nord-Vietnam communiste et le Viet Cong. C'est un échec cuisant pour les États-Unis, qui se retirent en 1973. Le Vietnam est réunifié sous un régime communiste en 1975.
À retenir : Ces crises montrent la dangerosité de l'affrontement bipolaire et le rôle central de la menace nucléaire comme facteur de dissuasion.
C. La coexistence pacifique et la détente
Malgré les crises, la peur d'une guerre nucléaire pousse les deux superpuissances à rechercher une certaine stabilisation.
- Dégel des relations : Après la mort de Staline (1953), une période de "dégel" s'amorce. Khrouchtchev dénonce les excès du stalinisme et promeut la coexistence pacifique (compétition idéologique et économique sans affrontement militaire direct).
- Course aux armements : Les deux blocs continuent de développer et d'accumuler des armes nucléaires et conventionnelles, créant un équilibre de la terreur (capacité de destruction mutuelle assurée).
- Accords SALT (Strategic Arms Limitation Talks) : Série de négociations entre les États-Unis et l'URSS dans les années 1970 visant à limiter la production d'armes stratégiques (missiles intercontinentaux). Les accords SALT I (1972) et SALT II (1979) sont des symboles de la détente.
- Accords d'Helsinki (1975) : Acte final de la Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe (CSCE) qui reconnaît l'inviolabilité des frontières européennes, promeut la coopération économique et le respect des droits de l'homme. Ils sont considérés comme l'apogée de la détente.
Nuance : La détente n'est pas la fin de la compétition, mais une gestion des tensions pour éviter l'escalade. Elle est remise en question par l'invasion soviétique de l'Afghanistan (1979) et la relance de la course aux armements sous Ronald Reagan.
D. La fin de la Guerre Froide et l'effondrement du bloc soviétique
La fin des années 1980 marque l'accélération du déclin du bloc soviétique.
- Crise économique de l'URSS : L'économie planifiée soviétique est de plus en plus inefficace et ne peut plus soutenir la course aux armements ni répondre aux besoins de la population. Le système est à bout de souffle.
- Perestroïka et Glasnost : Arrivé au pouvoir en 1985, Mikhaïl Gorbatchev lance des réformes profondes : la Perestroïka (restructuration économique pour moderniser le pays) et la Glasnost (transparence politique et liberté d'expression). Ces réformes fragilisent le régime.
- Chute du mur de Berlin (9 novembre 1989) : Symbole de la division de l'Europe et du monde, sa chute, sous la pression populaire, marque un tournant majeur. Elle est suivie par la chute des régimes communistes en Europe de l'Est.
- Dislocation de l'URSS (décembre 1991) : Les républiques soviétiques déclarent leur indépendance. L'URSS est officiellement dissoute le 25 décembre 1991, mettant fin à 74 ans de régime communiste et à la Guerre Froide.
Conséquence majeure : La fin de la Guerre Froide marque la fin du monde bipolaire et ouvre une nouvelle ère pour les relations internationales.


