Les origines et les premières phases de la Guerre froide (1945-1953)
La fin de la Seconde Guerre mondiale et la montée des tensions
La Seconde Guerre mondiale s'achève en 1945, laissant l'Europe dévastée et le monde profondément transformé. Les anciens alliés de la coalition anti-nazie, les États-Unis et l'URSS, émergent comme les deux grandes puissances mondiales, mais leurs visions du monde et leurs idéologies sont radicalement opposées.
Les premières tensions apparaissent lors des Conférences de Yalta (février 1945) et de Potsdam (juillet-août 1945).
- À Yalta, Staline, Roosevelt et Churchill discutent du sort de l'Europe d'après-guerre, notamment de la Pologne et de la division future de l'Allemagne. Les accords sont ambigus, permettant à chaque camp d'interpréter les décisions à son avantage.
- À Potsdam, avec Truman remplaçant Roosevelt et Attlee remplaçant Churchill, les désaccords sur l'avenir de l'Allemagne et de l'Europe de l'Est s'accentuent. L'annonce de la bombe atomique par les États-Unis à Potsdam renforce la méfiance soviétique.
La Division de l'Allemagne et de Berlin en quatre zones d'occupation (soviétique, américaine, britannique et française) devient un symbole de cette fracture. Berlin, située au cœur de la zone soviétique, est elle-même divisée. Cette situation géographique complexe sera une source constante de tensions.
En mars 1946, Winston Churchill dénonce, dans un discours à Fulton, l'établissement d'un « Rideau de fer » (Iron Curtain) qui s'est abattu sur l'Europe, séparant l'Est sous influence soviétique de l'Ouest démocratique. Cette expression marque la prise de conscience de la division du continent et la fin de l'alliance de guerre.
La doctrine Truman et le plan Marshall
Face à l'expansionnisme perçu de l'URSS, les États-Unis adoptent une nouvelle stratégie.
En mars 1947, le président américain Harry Truman énonce la doctrine Truman. Cette doctrine marque un tournant majeur dans la politique étrangère américaine. Elle affirme la volonté des États-Unis de soutenir les peuples libres qui résistent aux tentatives d'asservissement, qu'elles soient le fait de minorités armées ou de pressions extérieures. C'est le début de la politique d'endiguement (ou Containment), visant à contenir l'expansion du communisme sans chercher à le faire reculer là où il est déjà établi. Les premiers pays bénéficiaires sont la Grèce et la Turquie, menacées par des mouvements communistes ou des pressions soviétiques.
Quelques mois plus tard, en juin 1947, le secrétaire d'État George Marshall propose le plan Marshall (officiellement "European Recovery Program"). Ce plan d'aide économique massive vise à :
- Reconstruire l'Europe dévastée par la guerre.
- Combattre la pauvreté et le chômage, terreau fertile pour l'idéologie communiste.
- Créer des marchés pour les produits américains.
L'URSS refuse le plan pour elle-même et pour les pays d'Europe de l'Est, y voyant une tentative d'ingérence américaine et une forme d'impérialisme économique. En réponse, elle crée le Kominform (Bureau d'information des partis communistes et ouvriers) en octobre 1947 pour renforcer son emprise sur les partis communistes européens et consolider le bloc de l'Est.
Le plan Marshall, en finançant la reconstruction et en stimulant les économies occidentales, contribue directement au Renforcement des blocs et à la division économique et politique de l'Europe.
La formation des blocs et les premières crises
La formation des blocs est rapidement concrétisée par des alliances militaires et économiques.
À l'Ouest, face à la menace soviétique perçue après le coup de Prague en Tchécoslovaquie (février 1948) et le blocus de Berlin, les pays occidentaux signent le Traité de l'Atlantique Nord en avril 1949, donnant naissance à l'OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord). C'est une alliance militaire défensive basée sur le principe de la sécurité collective : une attaque contre un membre est considérée comme une attaque contre tous.
À l'Est, l'URSS réplique en 1955 avec le Pacte de Varsovie, une alliance militaire regroupant l'URSS et ses satellites d'Europe de l'Est (Albanie, Bulgarie, Hongrie, Pologne, RDA, Roumanie, Tchécoslovaquie).
Les premières crises majeures illustrent l'intensité de la confrontation :
- Le Blocus de Berlin (juin 1948 - mai 1949) : L'URSS tente d'asphyxier Berlin-Ouest en coupant toutes les voies d'accès terrestres, espérant forcer les Occidentaux à quitter la ville. Les États-Unis et leurs alliés répondent par un gigantesque pont aérien qui ravitaille Berlin pendant près d'un an, démontrant leur détermination. Le blocus est finalement levé, mais il consacre la division de l'Allemagne en deux États en 1949 (RFA à l'Ouest, RDA à l'Est).
- La Guerre de Corée (1950-1953) : Ce conflit est le premier affrontement armé indirect de la Guerre froide. La Corée, divisée en deux États (Corée du Nord communiste soutenue par la Chine et l'URSS, Corée du Sud pro-occidentale soutenue par les États-Unis et l'ONU), est le théâtre d'une guerre dévastatrice. Le conflit se termine par un armistice sur la ligne de démarcation initiale, confirmant la division de la péninsule et illustrant la logique d'endiguement à l'échelle mondiale.
Ces événements marquent l'entrée du monde dans une ère de confrontation idéologique et géopolitique, la Guerre froide, caractérisée par l'absence de conflit direct entre les deux superpuissances mais par une tension permanente et des conflits périphériques.


