I. La croissance économique face aux limites écologiques
A. Croissance et environnement : une relation complexe
La relation entre la croissance économique et l'environnement est l'un des défis majeurs de nos sociétés. Historiquement, la croissance a souvent été synonyme d'augmentation de la production et de la consommation, ce qui a entraîné une pression croissante sur les ressources naturelles et les écosystèmes.
Définitions clés :
- Croissance économique : Augmentation durable et significative de la production de biens et de services d'une économie. Elle est souvent mesurée par l'évolution du Produit Intérieur Brut (PIB).
- Externalités négatives : Conséquences néfastes de l'activité économique d'un agent sur un autre, sans compensation monétaire. Par exemple, la pollution générée par une usine qui affecte la santé des riverains ou la qualité de l'air. Ces coûts ne sont pas pris en compte dans le prix du marché du bien ou service produit.
- Développement durable : Développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Ce concept, popularisé par le rapport Brundtland en 1987, repose sur trois piliers : économique, social et environnemental.
- Empreinte écologique : Outil de mesure de la pression exercée par l'homme sur la nature. Elle évalue la surface productive (terres et mers) nécessaire pour produire les ressources consommées par une population et absorber ses déchets.
La problématique : La croissance économique, telle que nous la connaissons, repose souvent sur l'exploitation intensive des ressources naturelles non renouvelables (énergies fossiles, minerais) et sur la dégradation des écosystèmes (déforestation, perte de biodiversité, pollution). Cela génère des externalités négatives massives qui ne sont pas prises en compte par le marché et qui menacent la capacité future de la planète à soutenir cette croissance.
Le développement durable propose une voie pour concilier les impératifs économiques, sociaux et environnementaux. Il s'agit de repenser nos modes de production et de consommation pour qu'ils soient plus respectueux de l'environnement et équitables socialement.
B. Les différentes approches de la soutenabilité
Face aux défis environnementaux, deux grandes approches théoriques de la soutenabilité se distinguent, interrogeant la possibilité de substituer le capital naturel par d'autres formes de capital.
Définitions clés :
- Soutenabilité faible : Approche qui considère que le capital naturel (ressources naturelles, écosystèmes) peut être substitué par d'autres formes de capital, comme le capital physique (machines, infrastructures) ou le capital humain (connaissances, compétences). Pour les tenants de cette approche, le progrès technologique permettra de trouver des solutions aux problèmes environnementaux. La dégradation d'une ressource naturelle peut être compensée par une avancée technologique ou une augmentation du capital produit.
- Soutenabilité forte : Approche qui affirme l'irremplaçabilité de certaines formes de capital naturel. Elle soutient que certains éléments du capital naturel (par exemple, la biodiversité, la couche d'ozone, la stabilité climatique) sont essentiels et ne peuvent pas être substitués par du capital physique ou humain. Leur dégradation met en péril la vie sur Terre et les capacités des générations futures.
- Capital naturel : Stock de ressources naturelles (renouvelables et non renouvelables) et de services écosystémiques (purification de l'eau, pollinisation, régulation du climat) qui fournissent des avantages aux sociétés humaines.
- Substitution des capitaux : Possibilité de remplacer une forme de capital par une autre. Dans le débat sur la soutenabilité, il s'agit de savoir si le capital naturel peut être remplacé par du capital produit ou humain sans conséquences graves.
Comparaison des approches :
| Caractéristique | Soutenabilité faible | Soutenabilité forte |
|---|---|---|
| Vision du capital | Capital global, substituable | Capital hétérogène, certains éléments non substituables |
| Rôle de la techno | Solution principale aux problèmes environnementaux | Peut aider, mais ne résout pas tout ; précaution primordiale |
| Ressources | Possibilité de compenser la dégradation | Nécessité de préserver le stock de capital naturel critique |
| Objectif | Maintenir le niveau de bien-être global | Maintenir l'intégrité des écosystèmes |
Implications : La soutenabilité faible justifie des politiques d'adaptation et de compensation. La soutenabilité forte appelle à des politiques de prévention strictes, de réduction de la consommation et de conservation. C'est un débat fondamental pour l'orientation des politiques environnementales.
C. Les indicateurs de la soutenabilité
Le Produit Intérieur Brut (PIB) est l'indicateur le plus couramment utilisé pour mesurer la croissance économique, mais il est de plus en plus critiqué pour son incapacité à refléter le bien-être et la soutenabilité. De nouveaux indicateurs ont été développés pour mieux prendre en compte les dimensions environnementales et sociales.
Définitions clés :
- PIB vert : Tentative d'ajuster le PIB traditionnel en soustrayant les coûts environnementaux (dégradation des ressources, pollution) et en ajoutant la valeur des services écosystémiques. L'objectif est de donner une mesure plus réaliste de la richesse nette créée.
- Indicateurs de bien-être : Mesures qui visent à évaluer la qualité de vie d'une population au-delà des seuls aspects économiques. Ils incluent souvent des dimensions sociales (santé, éducation, égalité) et environnementales (qualité de l'air, accès à la nature). Exemples : Bonheur National Brut (Bhoutan), Indicateurs de Progrès Véritable (IPV).
- IDH ajusté aux inégalités (IDHI) : Version de l'Indicateur de Développement Humain (IDH) qui prend en compte les inégalités de répartition des acquis en matière de santé, d'éducation et de revenu au sein d'un pays. Un IDHI plus élevé indique une meilleure répartition.
- Bilan carbone : Outil de mesure des émissions de gaz à effet de serre (GES) générées directement ou indirectement par une organisation, un territoire, un événement ou un individu sur une période donnée. Il permet d'identifier les principales sources d'émissions et d'élaborer des plans d'action pour les réduire.
Pourquoi de nouveaux indicateurs ? Le PIB ne comptabilise pas les externalités négatives (la pollution peut même augmenter le PIB si des dépenses sont engagées pour la nettoyer) et ignore la dégradation du capital naturel. Il ne dit rien de la répartition des richesses ni du bien-être des populations. Les indicateurs de bien-être cherchent à fournir une image plus complète de la prospérité d'une société. L'IDHI est par exemple crucial pour comprendre comment les inégalités affectent le développement humain. Le bilan carbone est un outil essentiel pour la transition énergétique, permettant aux acteurs de mesurer leur impact climatique et d'agir concrètement pour le réduire.


